Sécuriser la production. Voilà ce qui a animé le groupe rouennais AMP (Aquaponic Management Project) lorsqu'il a décidé de racheter la pisciculture du Moulin à Elbeuf-sur-Andelle. «Le projet est né en 2022, après que nous avons perdu l'intégralité de notre cheptel de la ferme marine de Cherbourg», explique, ce 20 mars, Pascal Goumain, président fondateur du groupe, à l'occasion de la visite du président de la Région Hervé Morin. Un électrochoc qui a à repenser tout le cycle de production. «Jusque-là, nous achetions de jeunes saumons de 100 grammes que nous élevions en mer. Mais la mortalité était très élevée : de 50 à 80 %. Après la catastrophe de 2022, nous ne voulions plus de saumons en mer durant l'été.»
Le site d'Elbeuf-sur-Andelle entre dans cette logique. Grâce à un investissement de 650 000 €, il est depuis deux ans transformé en écloserie à saumons. Les œufs, tous droits importés d'Islande, y éclosent, et les alevins y sont élevés jusqu'à atteindre le poids de 100 grammes. «Ils restent environ un an ici, bénéficiant de la très bonne qualité d'eau de l'Andelle», explique Cyril Barbier le directeur du site.
Doubler rapidement la production d'alevins
En route ensuite pour le département du Calvados et la ferme aquacole d'Isigny-sur-Mer, rachetée en 2023, où les jeunes saumons, aptes à vivre dans l'eau de mer, passeront huit à dix mois et grandiront jusqu'à atteindre un kilogramme. Fins prêts pour affronter le turbulent milieu marin, ils finiront alors leur croissance dans les parcs de la rade de Cherbourg. Ils y seront "récoltés" (selon le terme aquacole) aux alentours de quatre kilogrammes, entre deux ans et demi et trois ans après leur éclosion. Les résultats sont là. «Nous avons réalisé notre première récolte l'an dernier. Elle est supérieure à 200 tonnes, avec une mortalité inférieure à 10 %. On a battu tout le monde ! Même les Norvégiens ne font pas mieux», sourit Pascal Goumain.
De quoi poursuivre le programme d'investissement. Au total, ce sont 8 millions d'euros que le groupe a engagés dans cette restructuration en l'espace de deux ans. Outre les rachats des sites d'Elbeuf-sur-Andelle et d'Isigny, leur modernisation est en cours. À la pisciculture du Moulin, la production devrait doubler dans les prochains mois, passant de 100 000 à 200 000 alevins par an.
Seul élevage de saumon en mer de France
Un deuxième circuit fermé, identique à celui d'Isigny, devrait aussi voir le jour à Cherbourg, pour atteindre une capacité de production totale de 300 000 poissons par an. «Il nous faudra donc probablement une seconde écloserie, ce qui sécurisera aussi nos approvisionnements», poursuit le président du groupe. Tout ceci s'accompagnera évidemment de plusieurs embauches pour renforcer les équipes actuelles (20 salariés).
L'objectif à long terme du groupe APM est d'atteindre une production annuelle de 20 000 tonnes. De quoi ancrer solidement la PME sur le marché français, qui importe chaque année 250 000 tonnes de saumon. Pour se différencier, le groupe, qui est le seul en France à élever le saumon en mer, compte sur sa marque Saumon de France, reconnue pour la qualité de chair des poissons.
Pour Aletheia Press, Benoit Delabre