Dossier

À Rouen, le Medef appelle à «un choc d'investissement et de production»

Le Medef Rouen Métropole a présenté ses vœux le 29 janvier à La Vaupalière. Le syndicat patronal a fustigé l'attentisme français et demande des actions rapides, tant au plan local que national.

Réunis le 29 janvier à La Vaupalière pour la traditionnelle cérémonie des vœux, les adhérents du Medef Rouen Métropole Normandie ont assisté à un passage de relais sans rupture. Si Sarah Balluet a officiellement quitté la présidence du mouvement patronal local, la feuille de route défendue par son successeur, Olivier Rousseille, s’inscrit clairement dans la continuité des combats engagés ces dernières années : compétitivité, investissement, stabilité des règles et reconnaissance du rôle central de l’entreprise dans le développement territorial.

Dans un contexte international marqué par la réindustrialisation américaine et l’investissement massif chinois, le président du Medef Rouen Métropole Normandie a posé un diagnostic sans détour : «l’attentisme est devenu un luxe que personne ne peut se permettre». Citant le rapport de Mario Draghi, il a alerté sur le décrochage européen : «Sans un choc d’investissement et de production, l’Europe s’expose à un lent déclassement !»

Attirer et former les jeunes sur le territoire

Ce choc, le Médef ne l'estime possible qu'à condition d'une stabilité retrouvée tant sur les plans fiscaux que réglementaires… Et, bien sûr, il défend une simplification des règles et une confiance accrue envers les entreprises. Mais Olivier Rousseille a aussi plaidé pour une priorité redonnée à la jeunesse. Orientation jugée défaillante, baisse de l’apprentissage, inadéquation entre formation et besoins des entreprises : le constat est sévère. «La jeunesse n’est pas un sujet parmi d’autres, c’est LE sujet», a-t-il martelé, appelant à un pacte durable autour de l’orientation, de l’apprentissage et de la formation tout au long de la vie.

Ces revendications trouvent un écho direct à l’échelle de la métropole rouennaise et de la Normandie. Modernisation des infrastructures de transport, réindustrialisation, compétitivité énergétique, logement, attractivité résidentielle, fiscalité locale compatible avec l’investissement : les priorités territoriales pour 2026 prolongent les actions menées jusqu’ici, avec une «exigence accrue de résultats». Fustigeant les incantations, le président du Medef revendique une logique d’action collective et de dialogue exigeant avec les pouvoirs publics. «Sans entreprise forte, il n’y a pas de territoire fort», a martelé Olivier Rousseille.

Travailler sur le temps long

Ces priorités font écho au discours de Sarah Balluet, qui a défendu une vision exigeante de l’entrepreneuriat. «Être entrepreneur, c’est avant tout agir en toute indépendance, être responsable de ses actes», a-t-elle rappelé, évoquant «les nuits blanches, les échecs, les tentatives» qui forgent les dirigeants. Revenant sur son parcours, elle a revendiqué un engagement fondé sur des valeurs transmises plus que sur un héritage économique : «Dans ma famille, on ne transmet pas des entreprises, on transmet des valeurs».

À La Vaupalière, le message était clair : au-delà des personnes, les revendications patronales s’inscrivent dans le temps long. Le changement de présidence ne marque pas une inflexion, mais la poursuite d’un cap revendiqué, au nom de la compétitivité des entreprises et du territoire.

Pour Aletheia Press, Benoit Delabre

Sarah Balluet : un mandat de grandes transformations

Élue en janvier 2024, Sarah Balluet laisse derrière elle un Medef profondément revigoré. Sous son mandat, le nombre d’adhérents est passé de 130 à plus de 400, le budget a retrouvé l’équilibre et les statuts ont été réformés. «Dans une période qui n’avait rien d’un long fleuve tranquille, (…) elle a su tenir le cap avec énergie, exigence et conviction», a pointé Olivier Rousseille. 

Première femme à présider le Medef Rouen Normandie, Sarah Balluet a impulsé une ouverture assumée : féminisation des instances, création du réseau Femmes du Medef, journées du patrimoine économique, valorisation des dirigeants engagés. Engagée dans la défense de l’indépendance du monde économique et dans la lutte contre les décisions politiques prises «sans concertation», elle a souhaité incarner un Medef offensif, structuré et influent. En quittant ses fonctions pour devenir magistrate, Sarah Balluet laisse un mouvement «fort, vivant et organisé», selon les mots de son successeur.