Interview

Abbeville : l’association Harmonessence à la recherche de mécènes

En difficultés depuis la mise en place de nouvelles modalités de financement, l’association spécialisée dans l’insertion sociale et professionnelle a lancé une cagnotte sur Leetchi et souhaite développer le mécénat. Entretien avec Delphine Demaille, sa directrice, et Fabrice Boinet, son président. 



Fabrice Boinet, président, et Delphine Demaille, directrice de l’association Harmonessence.

Fabrice Boinet, président, et Delphine Demaille, directrice de l’association Harmonessence.

Quelles sont sont vos activités ?
Présente sur le territoire abbevillois depuis vingt ans, Harmonessence n’a eu de cesse de développer des actions d’insertion sociale et professionnelle auprès d’un public en difficulté. Elle compte cinq salariés et une dizaine de bénévoles. L’humain est au cœur de nos réflexions, de nos actions et de nos solutions. Chaque mois, nous accompagnons, au cas par cas et de manière individuelle, une soixantaine de personnes. Elles sont en majorité au chômage depuis plus de 36 mois. Elles sont adressées par France Travail et par le département de la Somme. Nous les voyons plusieurs fois dans la semaine si besoin. Et cela fonctionne !

Quel est votre bilan ?
Au 31 décembre 2025, 138 personnes étaient passées par l’association. Les résultats sont très positifs. 41 ont retrouvé un emploi dont 18 en emploi saisonnier et 23 en CDD de plus de six mois ou CDI. Six sont entrées en formation. 23 ont été orientées vers des partenaires de l’association. 53, dont les 18 en emplois saisonniers, font toujours l’objet d’un accompagnement. Cela prouve que les personnes nous font confiance et ont envie de s’en sortir. Notre activité principale repose sur la levée des freins pour le retour à l’emploi, comme par exemple le manque de confiance en soi ou des problèmes de mobilité.Tout cela n’a de sens que par l’adhésion des publics et notre réseau partenarial : France Travail, département, associations caritatives, structures d’insertion professionnelle et sociales, structures médico sociales…

Votre accompagnement porte donc ses fruits ?
Oui, car nous construisons notre travail en fonction de la réalité des personnes, pour qu’elles trouvent leur place dans notre société. Et pour certaines cela prend du temps, donc on s’adapte. On est à l’écoute sans les materner. On prend ce qu’elles ont de meilleur en elles. Chacun, même sans diplôme, a des compétences : repassage, jardinage, gardes d’enfants, entretien d’espaces verts, petit bricolage… Nous mettons donc les personnes que nous accompagnons en relation avec des employeurs particuliers, nous en avons 130, à Abbeville et à une vingtaine de kilomètres aux alentours. Ce sont le plus souvent des retraités. Nos bénéficiaires sont réglés via des chèques emploi service universel. Nous les accompagnons dans la démarche. Pour rappel, le CESU offre des réductions d’impôts aux employeurs.

Vous avez créé aussi harmo-services ?
C’est une action qui propose des services au plus grand nombre : ramassage des verres, des déchets verts et encombrants, aide à la préparation au déménagement comme la mise en carton, le démontage de meubles, le rangement, le tri et nettoyage de sous-sol, garage, cave mais aussi l’assistance lors de travaux divers comme la rénovation… On peut se déplacer 20 km autour d’Abbeville. Selon les travaux, il en coûte entre 18 et 22 euros la première heure et ensuite 15 euros de l’heure. Si nous récupérons des choses en bon état, elles partent à l’Arep ou à Deuxième chance à Abbeville. Le reste est déposé en déchetterie.

Nous n’hésitez pas à donner de vos personnes ?
Oui, nous faisons régulièrement de la prospection auprès des restaurateurs, des maisons de retraite… afin notamment que nos bénéficiaires puissent effectuer des périodes d’immersion. Ensuite, si besoin, nous les amenons sur place. Nous sommes satisfaits car cinq d’entre eux bénéficient d’un contrat pour l’été dans des restaurants de la côte picarde. Au début, nous nous sommes mobilisés pour les emmener au travail et aller les rechercher. Nous avons entamé vite un travail sur l’autonomie à la mobilité afin qu’ils passent leur permis de conduire et qu’ils puissent acheter une voiture. On en voit déjà les effets. On a lancé aussi une opération de covoiturage.

Malgré tout cela, votre association est en difficulté ?
Oui, elle est en danger. Les modalités de financement public ont évolué. Pour continuer à exister nous avons lancé une cagnotte sur Leetchi. De même, nous espérons créer de nouveaux partenariats notamment via le mécénat. Les sommes versées au titre du mécénat auprès d’une association reconnue d’intérêt général ouvrent droit à une réduction d’impôts égale à 60% du don réalisé. Nous recherchons donc des acteurs locaux partageant nos valeurs, susceptibles de nous épauler pour générer une nouvelle dynamique utile au maintien et au développement de nos actions. Nous nous adressons aussi aux entreprises qui auraient des difficultés de recrutement.