Sous la nouvelle plaque renommant la plaine Saint-Ladre dans le quartier du même nom au nord d'Amiens, il est rappelé : «À la mémoire d'Abderahmane Rabah, fils, frère, oncle, père et enfant de la vallée Saint-Ladre. Victime d'un lâche assassinat raciste le 6 août 1994 à Ault». C'est le tragique et injuste destin qui a touché Abderahmane alors qu'il passait ses vacances sur la côte picarde avec ses proches. Insulté par un groupe d'individus alcoolisés au soir du bal d'Ault, agressé, pourchassé puis précipité du haut des 27 mètres de la falaise en raison de ses origines, son corps sans vie avait été retrouvé au petit matin.
La réponse aux discriminations
32 ans plus tard, sur la plaine Saint-Ladre à proximité de la maison familiale, l'émotion était toujours aussi grande dans le regard de sa famille et de la population. La foule était nombreuse pour lui rendre hommage mais aussi rappeler l'importance du combat contre le racisme, les discriminations et toutes formes de haine. Autant de messages que les membres de sa famille proche ont tenu à adresser à travers leurs témoignages, de même que la Ville d'Amiens qui a souhaité cet honneur. «Les noms que nous donnons à nos rues, à nos places, à nos équipements publics ne sont jamais anodins, a souligné Frédéric Fauvet, maire et président d'Amiens Métropole. Ils racontent les femmes et les hommes que nous décidons de faire entrer dans notre mémoire collective. Ils racontent ce qu'Amiens a été, ce qu'Amiens est et ce que nous voulons qu'Amiens soit demain, pour nos enfants. Amiens est et restera une ville refuge, qui ne transige jamais avec la lutte contre le racisme et toutes les formes de discrimination. Cette plaine porte désormais cette promesse».
Les valeurs de la République
À ses côtés, Marcel Le Moigne, le maire d'Ault accompagné de plusieurs conseillers municipaux, a pour la première fois présenté ses excuses et ses regrets au nom de sa commune : «Ce crime pèse sur la conscience de nombreux Aultois, tout comme l’omerta qui règne autour de ce drame. Le plus bel hommage que nous puissions lui rendre est de faire vivre les valeurs pour lesquelles notre République existe», a-t-il confié en s'adressant tout particulièrement aux filles d’Abderahmane Rabah. Noureya, l’une des ses deux filles avec Chaïra, ajoutait justement : «Comment notre vie a-t-elle pu basculer en un instant à cause de l’une des plus grandes absurdités de l’humanité, le racisme ? Derrière chaque crime raciste, il y a une famille brisée, une enfance volée et une douleur qui ne s’éteint jamais». Le nom de son père et son souvenir sont désormais durablement inscrits dans l'espace public, sur la plaine qu'il fréquentait quotidiennement.