La cour d'assises de Paris s'est penchée, au procès Athanor, sur les violences commises contre des élus de Saint-Maur-des-Fossés, là où a débuté le parcours criminel d'une officine nichée dans une loge maçonnique, démantelée sept ans plus tard.
C'est dans cette ville du Val-de-Marne, où les rivalités politiques font rage, qu'ont pris racine les agissements de la cellule criminelle Athanor: la genèse de cette dérive totale a plongé vendredi la cour et ses acteurs dans une introspection collective.
Au mitan des années 2010, deux frères d'une loge maçonnique des Hauts-de-Seine esquissent l'idée d'un contrat d'intimidation, voire d'élimination, visant Sylvain Berrios, aujourd'hui député et alors entré en dissidence contre Henri Plagnol, maire de Saint-Maur-des-Fossés de 2008 à 2014.
Un autre élu est lui roué de coups dans son jardin par deux individus cagoulés, qui le photographie le visage ensanglanté, gisant au sol.
Tous les ingrédients de ce qui va suivre sont déjà réunis, fait remarquer la cour à plusieurs reprises aux accusés. Elle doit juger, jusqu'au 17 juillet, 26 crimes et 86 délits, dont le meurtre d'un pilote automobile amateur et deux tentatives d'assassinat.
Dans cette affaire, Frédéric Vaglio veut venger sa compagne, directrice de cabinet du maire de Saint-Maur, visée notamment par une plainte pour fausses factures, et s'en épanche auprès de son frère de loge, l'ancien agent de la DCRI Daniel Beaulieu, qui l'aide au nom de "l'amitié maçonnique".
Je me suis perdu
Le contrat "allant de la chaise roulante au cercueil" évoqué entre les deux hommes est minimisé devant la cour: "J'en pouvais plus, mais pas de là à l'éliminer. C'était une discussion du type: +si mon voisin pouvait être mort, je serais plus tranquille+", jure Frédéric Vaglio.
Il reconnaît néanmoins avoir mis "ce jour-là le doigt dans un engrenage". "Beaucoup de choses se sont cristallisées à ce moment-là et vont expliquer la suite", admet-il, sans parvenir à justifier sa bascule dans la criminalité, lui qui n'avait jamais été condamné.
L'idée, "comme d'habitude", est "de faire comme dans les services (de renseignement, NDLR), avec des agents en activité, habitués", relate M. Vaglio, citant son frère de loge Daniel Beaulieu. Et "avec ses équipes à lui", qu'il affirme ne pas connaître.
C'est la première d'une longue liste de missions confiées à Sébastien Leroy, le futur bras armé d'Athanor, qui, manipulé par Daniel Beaulieu, pense agir pour le compte de l’État.
Il "fallait choquer Berrios", se remémore l'ancien espion, en fauteuil roulant depuis sa tentative de suicide en détention. L'élu remporte la mairie en 2014 face à Henri Plagnol, évinçant du même coup la compagne de Frédéric Vaglio.
"Vous vous êtes dit quoi ?", s'impatiente la présidente, Caroline Viguier, "que vous alliez créer une cellule menant des actions violentes jusqu'à ce que mort s'en suive ?"
"Je me suis perdu", reconnaît Daniel Beaulieu, qui admet n'avoir raconté "que des mensonges" à l'exécutant des missions, Sébastien Leroy, persuadé d'effectuer des missions "hors cadre" de la DGSI et non des contrats privés.
Sébastien Leroy "sait qu'il a gâché la vie de plusieurs personnes (...), est-ce que vous ne pensez pas avoir gâché la sienne ?", l'interroge Me Antoine Ory, l'un de ses avocats. "J'ai perdu M. Leroy dedans. Pardon", admet Daniel Beaulieu.
L'ancien agent de sécurité de 36 ans, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, accuse de son côté son ancien ami Dylan Bilheude d'avoir agressé à ses côtés l'un des deux élus, ce que ce dernier dément "depuis cinq ans et demi".
Également mis en cause pour avoir tiré une balle en plein cœur d'un pilote automobile dans un parking de Levallois-Perret, le Breton de 33 ans clame son innocence à la barre depuis le début du procès.
Des photos de vidéosurveillance prises près du domicile de l'élu tabassé montrent Sébastien Leroy accompagné d'un complice, dont le visage pixelisé ne permet pas de l'identifier.
"Ça fait deux mois que je vous vois dans la salle, M. Bilheude, je vous reconnais sur cette photo", a déclaré l'avocate générale Annabelle Philippe. "C'est de la folie", lui répond l'accusé, "c'est votre ressenti" et "vous vous trompez".
Vingt-deux personnes sont jugées jusqu'au 17 juillet.