«Notre ADN est de développer des projets de logements avec des ambitions énergétiques et environnementales. Nous voulons avoir au moins une phase d'avance par rapport à la réglementation en cours» explique Philippe Souchal directeur du développement et de la maîtrise d’ouvrage chez 3F Normanvie. Et le bailleur social normand a franchi un nouveau pas avec la Villa Serena, à Val-de-Reuil, qui compte 105 logements de type T2-T3.
Maîtrise des charges sur 15 ans
«Avec cette résidence, nous sommes allés plus loin encore, puisqu'elle répond au seuil 2031 de la réglementation environnementale 2020 (RE 2020), c'est une première pour nous», souligne Philippe Souchal. Pour parvenir à un bâtiment très bas carbone, le bois d'origine français, labellisé FSC et PEFC, a été choisi comme matériau unique. «Nous avons également opté pour une l'isolation en laine de bois», précise le responsable. Ce matériau offre un très bon confort thermique, en été comme en hiver, grâce à ses caractéristiques hygrométriques et à son important déphasage thermique.
Côté chauffage et eau chaude, le choix s'est porté sur une chaudière 100% bois. Et ce pour des raisons environnementales mais aussi économiques vis-à-vis des résidents. «Malgré la guerre en Ukraine, le prix du bois est resté stable. Sur nos sites qui utilisent d'autres énergies, les charges de nos locataires ont connu de fortes augmentations», constate Philippe Souchal. Mais le bailleur, qui gère 25 000 logements, a voulu aller plus loin. Il a ainsi opté pour un marché global de performance (MGP), garantissant le niveau de consommation d’énergie et la maîtrise des charges sur une période de 15 ans.
En mode constructif hors-site
Enfin, le chantier, démarré en novembre 2024, s’appuie à 45% sur un recours au mode constructif hors-site. «Nous recevons des ensembles de parois murales comprenant la façade, l'isolant, la menuiserie prêts à être posés» détaille Philippe Souchal. La livraison de la résidence est prévue au second semestre 2027. «La durée de ce projet est dans la moyenne. Le pré-assemblage allonge la durée de conception qui demande une grande précision. Mais le chantier en lui-même est plus rapide» note le responsable.
D'un point de vue environnemental. La villa Serena stocke 1060 tonnes de dioxyde de carbone au lieu d’en émettre 800 tonnes si du béton traditionnel avait été utilisé. Le bailleur estime que le bâtiment émet 7% de dioxyde de carbone en moins que le maximum autorisé en 2031. Par ailleurs, avec 107 kg de produits biosourcés par mètre-carré, environ trois fois plus de matériaux biosourcés ont été intégrés que le minimum requis pour le niveau 3 du label Bâtiment biosourcé.
Un véritable laboratoire
Pour 3F Normanvie, la résidence sert de laboratoire. «Il n'est pas question de faire un one shot, souligne Philippe Souchal. L'idée, c'est de se former, de co-construire et de dupliquer» Car un tel projet n'est pas applicable partout même s'il n'a pas posé de difficultés techniques. «Nous avons juste rencontré quelques problèmes sur des points de réglementation électriques prévus pour les bâtiments en béton» relève-t-il. D'un point de vue économique, il souligne qu'il faut une construction d'une taille minimum, pour maîtriser les coûts qui sont ici «environ 10 à 15% plus élevés qu'une construction traditionnelle». Pour la villa Serena, l'investissement s'élève à près de 20 millions d'euros.
Alors qu'un autre projet de ce type est également en cours dans la commune de Val-de-Reuil sensible au sujet environnemental, 3F Normanvie explore également l'isolation en paille. «Avec Logeo Seine, Logissia, et le Logement familial de l’Eure, nous nous sommes associés dans le projet appel paille», souligne Philippe Souchal. Pour le bailleur social, il s'agit aussi de participer à la structuration des filières du bâtiment bas carbone.
Pour Aletheia Press, Laetitia Brémont