De la matière première jusqu'aux rayons des magasins, la transition écologique bouscule toute l'industrie de la beauté. Rien d'étonnant donc à ce que Cosmetic Valley, le pôle de compétitivité français de la filière parfumerie-cosmétique, ait mis cette thématique au cœur de ses rencontres organisées le 28 mai à Rouen.
«Sur toute la chaîne de valeur, de la culture des plantes jusqu'au packaging, à la distribution et à l’acheminement, il y a des réflexions. Toute la supply chain est concernée par ce sujet de l’économie verte», rappelle Soline Godet, directrice adjointe Entreprises et territoires de Cosmetic Valley. Les deux plus grands chantiers actuels sont la gestion de l'eau et le recyclage des plastiques. Pour réussir, le secteur mise sur l'innovation, les nouvelles formules et l'intelligence artificielle. Désormais, écologie et compétitivité vont de pair.
Des freins encore difficiles à lever
Pourtant, sur le terrain, beaucoup d'entreprises avancent à tâtons. Un baromètre mené par le cabinet Clair Impact auprès de 140 entreprises normandes montre que la définition même de la RSE reste floue. «Rares sont ceux qui ont une vision complète de ce qu'est la RSE. C’est l’application des principes du développement durable à l’entreprise, dans le but d’en faire un véritable levier économique», explique la fondatrice du cabinet, Claire Charlier.
Si l'aspect écologique est compris, les critères sociaux ou de bonne gouvernance sont souvent oubliés. «C’est dommage, car si on n’inclut pas les autres thématiques, on n’atteint pas l’impact RSE qu'il faudrait», regrette-t-elle. Dans les PME, les manques de temps, d'argent et de personnel bloquent souvent les initiatives. À ceux qui hésitent devant les dépenses, Claire Charlier répond : «Beaucoup se demandent combien cela va leur coûter. La vraie question est plutôt : combien cela leur coûtera de ne pas le faire ?». La transition doit être vue comme une assurance pour l’avenir.
Passer des paroles aux actes
Le grand défi actuel est de s'organiser pour avoir une vision globale. «L’enjeu aujourd'hui est de passer d’une intention à une structuration, de passer de démarches isolées à une vision à 360 degrés dans l’entreprise», insiste Claire Charlier. Ce mouvement est poussé par les dirigeants, mais surtout par la pression des clients.
Dans la cosmétique, le public a été le moteur du changement : «Les attentes des consommateurs ont été assez décisives. Cela a conduit la filière à se mobiliser de façon assez massive et assez tôt par rapport à d’autres secteurs», analyse-t-elle. Au-delà de l'écologie, l'enjeu est de protéger un fleuron français de 230 000 emplois, menacé par la concurrence internationale. «Aujourd'hui, nous devons nous battre pour garder cette souveraineté industrielle. Notre secteur est fortement challengé par des pays concurrents. Il faut le défendre pour maintenir cette industrie, ses emplois et ses savoir-faire sur notre territoire», conclut Soline Godet.
Pour Aletheia Press, Lolita Péron Vranesic