Le début de l’année 2026 s’ouvre sur des indicateurs plutôt favorables pour le marché de l’emploi des cadres. « On observe plusieurs signes plutôt encourageants, plutôt convergents, qui pourraient laisser penser à une possible amélioration du marché courant 2026 », expose Laetitia Niaudeau, en préambule de la présentation du baromètre prospectif de l’Association pour l’emploi des cadres sur les perspectives d'embauches*. Dans le même temps, la directrice générale par intérim de l’Apec nuance ce constat : « on reste très prudent sur cette tendance, car les éléments ne sont encore pas suffisants pour affirmer cette embellie ».
Le climat des affaires, mesuré par l’Insee, s’est redressé tout au long du dernier trimestre 2025, en particulier dans l’industrie. Parallèlement, l’investissement des entreprises, en repli depuis deux ans, a renoué avec une dynamique positive, avec une hausse de 0,5 % au 4 ème trimestre 2025 et une poursuite attendue début 2026. Or, « la dynamique de recrutements cadres est historiquement très corrélée au niveau d’investissement des entreprises », rappelle Laetitia Niaudeau.
Des signaux encourageants, mais encore fragiles
Ces signaux macroéconomiques se traduisent déjà dans les intentions de recrutement. Pour ce premier trimestre 2026, 51 % des grandes entreprises déclarent envisager d’embaucher au moins un cadre dans les trois mois, soit trois points de plus qu’un an auparavant. Du côté des PME, cette proportion atteint 16 % (+ 2 points). Reste néanmoins à voir « comment ces intentions vont se réaliser concrètement en nombre de recrutements », tempère encore Laetitia Niaudeau. En revanche, les TPE restent en retrait, confirmant une reprise encore inégale selon la taille des structures. L’industrie apparaît comme le secteur le plus dynamique, portée notamment par l’aéronautique, les industries du transport et de la défense, tandis que les services et le bâtiment se situent dans une relative stabilité et que le commerce de détail reste orienté à la baisse.
Ces premiers signaux de reprise interviennent après une année 2025 globalement atone. « Les recrutements cadre étaient plutôt sur une tendance morose en 2025 », rappelle Laetitia Niaudeau. La dynamique est en effet restée dégradée : au dernier trimestre, seules 8 % des entreprises ont recruté au moins un cadre, soit deux points de moins qu’un an plus tôt. « Cette proportion n'a jamais été aussi basse depuis décembre 2020 ». La contraction est particulièrement marquée dans les TPE (- 5 points sur un an), tandis que les grandes structures ont clôturé elles aussi l’année sur un faible niveau de recrutements, malgré une légère amélioration par rapport à fin 2024. Dans ce contexte, près de la moitié des entreprises ayant tenté de recruter un cadre en 2025 estiment que l’exercice a été difficile, signe de tensions structurelles persistantes sur certains profils.
Un attentisme marqué en termes de mobilité
Du côté des cadres, en revanche, le climat reste largement marqué par l’attentisme. La confiance est demeurée très dégradée tout au long de l’année 2025, à des niveaux comparables à ceux observés lors de la crise sanitaire. « Le contexte économique incertain, les débats budgétaires récurrents et l’actualité internationale ont pesé sur le moral des cadres et constituent des facteurs d’anxiété », explique Laetitia Niaudeau. En décembre, seuls 22 % des cadres se disaient optimistes quant à la situation économique du pays, et 68 % estimaient leur emploi sécurisé, des proportions en recul par rapport à 2024. Dans le même temps, seuls 42 % jugent qu’il leur serait facile de retrouver un emploi équivalent en cas de perte d’emploi ou de changement d’entreprise, soit trois points de moins sur un an. « La période est jugée peu favorable côté candidats », admet Laetitia Niaudeau. Cette prudence se reflète dans les comportements de mobilité. À court terme, les intentions de changement restent faibles : 14 % des cadres envisagent de quitter leur entreprise dans les trois mois. En revanche, les projections à moyen terme progressent nettement : quatre cadres sur 10 se voient bien partir ailleurs dans les 12 mois, un niveau inédit depuis fin 2021. Ce décalage traduit une posture attentiste : les cadres semblent reporter leurs projets de mobilité dans l’attente d’une amélioration tangible du marché.
Les jeunes diplômés sont particulièrement exposés à cette conjoncture. L’insertion professionnelle des Bac +5 continue de se dégrader : en juin 2025, 70 % de la promotion 2024 occupait un emploi salarié 12 mois après l’obtention du diplôme, soit deux points de moins que la promotion précédente. Cette tendance concerne l’ensemble des filières, qu’il s’agisse des écoles d’ingénieurs, de commerce ou des masters universitaires. Laetitia Niaudeau rappelle toutefois que les jeunes sont historiquement les premiers pénalisés en période de ralentissement, mais aussi les premiers bénéficiaires lors des phases de reprise. « Si le marché reprend conformément aux signes positifs observés, ce seront les jeunes diplômés qui bénéficieront le plus et le plus vite de la reprise de la dynamique de l’emploi cadre ». Dans ce contexte, si les signaux positifs observés début 2026 se confirment, les besoins de recrutement des entreprises pourraient rencontrer une forte appétence à la mobilité, notamment chez les cadres de moins de 35 ans, dont 61 % envisagent un changement d’entreprise à horizon d’un an.
* étude réalisée par la direction Données et études (DDE) de l’Apec qui repose sur deux enquêtes menées du 1er au 12 décembre 2025 : une en ligne auprès de 2 000 cadres, et une autre téléphonique auprès de 1 000 entreprises.