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Ferroviaire : Alstom mise sur son usine de Petit-Quevilly

Hervé Morin, président de la Région Normandie, était en visite dans l'usine centenaire de la métropole rouennaise. On y conçoit et produit des transformateurs de traction, un élément clé sur lequel Alstom veut conserver sa souveraineté.

Le groupe Alstom a fait de Petit-Quevilly son centre d'expertise mondial en matière de transformateurs de traction. © Aletheia Press / B.Delabre

Le groupe Alstom a fait de Petit-Quevilly son centre d'expertise mondial en matière de transformateurs de traction. © Aletheia Press / B.Delabre

Après déjà plus d'un siècle d'existence, l'usine Alstom de Petit-Quevilly, près de Rouen, a encore de beaux jours devant elle. En plein développement depuis quelques années, elle conçoit et produit des transformateurs de traction destinés à équiper les trains du groupe. «Le transformateur, c'est devenu une pièce stratégique pour Alstom. Sans transformateur, pas de trains. C'est un élément clé, sur lequel nous souhaitons être souverains», a résumé Frédéric Wiscart, président d'Alstom France, lors d'une visite du président de la région Hervé Morin, le 22 décembre.

Face à une demande grandissante et à l'enjeu stratégique que représente la maîtrise de cet équipement, Alstom mise sur la Normandie. «On investit ici 2 millions d'euros actuellement», assure Frédéric Wiscart. Nous avons multiplié par trois les volumes de fabrication en moins de dix ans. Et nous accompagnons 25 projets ferroviaires en France et dans le monde. C'est deux fois plus qu'il y a 15 ans !» De 75 transformateurs en 2018/2019, l'usine est ainsi passée à 246 l'an dernier, se rapprochant de sa capacité maximale de 330. Cela se traduit aussi par de la création d'emplois : plus de 200 salariés sont actuellement recensés à Petit-Quevilly, contre 180 il y a quatre ans.

Un centre d'expertise mondial

Les élus régionaux, Hervé Morin et Virginie Lutrot sont venus visiter l'usine quevillaise qui a notamment équipé les trains TER Omnéo. © Aletheia Press / B.Delabre

Mais surtout, la totalité des transformateurs nécessaires au groupe (un millier par an) y sont conçus par les équipes d'ingénierie. Ce qui fait du site le centre d'expertise mondial d'Alstom sur ce produit simple, mais essentiel. Son rôle est de transformer les 25 000 volts des caténaires en un courant de tension plus basse pour alimenter le moteur électrique des locomotives, tout en supportant des contraintes importantes, notamment liées à chaleur.

«Un transformateur, c'est un circuit magnétique, une cuve et de l'huile… C'est un produit plutôt simple», admet Fabrice Rebouys, directeur de l'usine quevillaise. «Mais il nécessite un réel savoir-faire. Ici, l'obsolescence programmée, on ne sait pas ce que c'est. Chaque transformateur que nous produisons a une durée de vie de l'ordre de 30 ans, soit celle de la vie du train», soutient le directeur de l'usine.

Une conception spécifique à chaque ligne de train

Il faut compter entre 400 et 1 000 heures de travail pour concevoir un transformateur de TGV. Et il est rigoureusement impossible de les fabriquer en série. Chaque train doit en effet disposer de son propre transformateur, qui est totalement corrélé à la ligne empruntée par le véhicule. «Par exemple, en ce moment, nous concevons un transformateur pour équiper la ligne A du RER. Mais ce ne sera pas le même que pour un train de la ligne B», nous souffle un ingénieur.

Le Petit-Quevilly accueille aussi une équipe recherche et développement. Avec plusieurs pistes de travail : la réduction du bruit, une meilleure gestion du refroidissement, mais aussi l'utilisation d'huile végétale plutôt que minérale. En outre, la réduction de la masse et la limitation des pertes d'énergie restent un fil rouge incontournable. «La limitation des pertes d'énergie peut représenter des dizaines de millions d'euros d'économie à l'échelle d'une flotte», rappelle le président d'Alstom France.

Pour Aletheia Press, Benoit Delabre