Un ancrage territorial fort pour Antoine Bresson, à la tête d’un groupe de grande distribution, en région parisienne. Treize magasins, 600 salariés, un chiffre d’affaires de 160 millions d’euros et 180 ans d’histoire. Mais, à l’approche de la cinquantaine, l’entrepreneur a eu l’envie de porter une nouvelle aventure autour d’une «diversification touristique en lien avec la nature et les grands espaces». Son regard s’est naturellement tourné vers la Haute-Marne, berceau familial qu’il a quitté à huit ans, et son lac du Der, «une vraie pépite», avec l’envie de réinvestir ce territoire où son père, Charles Bresson, fut président de CCI. Sa rencontre en janvier 2024 avec le maire de Saint-Dizier sera déterminante. Très vite, son projet inédit d’habitat insolite naviguant se concrétise avec une première flotte de trois bateaux fabriqués en France chez CPC à Digoin. Si l’activité s’inscrit dans une niche, une belle attraction commerciale émerge rapidement avec de premiers résultats prometteurs, sans aucune communication, avec une clientèle venant à 60% du Nord et du Grand Est. Avant d’embarquer, les visiteurs reçoivent une formation répondant à la règlementation du nolisage, permettant la location avec une dispense de permis de conduire fluvial. C’est clairement «un pari entrepreneurial» pour l’entreprise Fløtyll qui «vend de la reconnexion à la nature, à ses proches, à un temps lent», répondant à la tendance du slow-tourisme.
La carte de la proximité et du savoir-faire industriel
Pour la saison deux, en 2026, Antoine Bresson commande six bateaux en Pologne qui devaient être livrés fin avril. Là, rien ne se passe comme prévu : retards chroniques pour seulement trois livraisons. C’est au moment de ce naufrage industriel qu’il rencontre Sébastien Martin. Concepteur de bateaux de plaisance en aluminium avec une autonomie électrique solaire, cet autodidacte installé en Haute-Marne a développé la marque France Pontoons. Ensemble, ils se lancent dans l’aventure. Si Antoine Bresson souhaite reprendre la main en investissant 900 000 euros de fonds propres dans la construction d’une flotte de cinq nouveaux bateaux, il confie leur construction au concepteur. «Sur le bassin Haute-Marne et Sud meusien, nous avons une culture industrielle marquée», explique Sébastien Martin qui a décidé de s’appuyer sur un pôle de chaudronnerie dans la zone d’activité d’Ancerville en puisant dans son carnet d’adresses bien fourni. L’aventure est désormais collective avec plusieurs entreprises meusiennes et haut-marnaises engagées : Mateco pour les flotteurs en aluminium, Iso 2000 pour les châssis vitrés et le bâtiment en location, Levage Adam pour le grutage, NCI Mayeur pour la soudure. «L’idée est de chasser en bande pour créer une communauté d’entrepreneurs», confie Antoine Bresson. Pour cette nouvelle flotte, l’enjeu est de maîtriser les coûts avec un choix de matériaux 100% recyclables, préservant l’ADN d’économie circulaire de la marque France Pontoons (aluminium recyclé, batteries de seconde vie de la filière automobile…).
Une vision et des usages
Initié depuis début septembre, le chantier de construction s’intensifie avec un défi de taille : livrer en un temps record la flotte de cinq nouveaux bateaux pour une facture moins élevée qu’en Pologne. Comment est-ce possible en produisant en France ? Grâce aux économies sur les transports, à la massification et aux partenaires locaux, tous installés sur la même zone d’activités. En seulement quelques mois, toutes les planètes se sont alignées pour ce projet de réindustrialisation tourné vers le made in France et l’économie circulaire. Le compte à rebours est maintenant lancé pour que tout soit prêt pour l’arrivée des premiers touristes. Dans le même temps, la prochaine saison se prépare en travaillant avec le syndicat du Der pour bénéficier d’installations plus pérennes avec un ponton dédié. Fløtyll prévoit également d’injecter 100 000 euros dans l’économie locale en services et produits (ménage…), dès 2027. Si 1 500 clients avaient été recensés en 2026 avec une progression de 2,3% par rapport à 2025 alors que la flotte était incomplète, l’enjeu est de passer la barre des 4 000 nuitées la saison prochaine pour cette offre inédite digne d’un quatre étoiles avec une vue à 360 degrés sur un environnement préservé. «Le tout sans artificialisation des sols, sans fondation et sans canalisation», ajoute l’entrepreneur. Sébastien et Antoine réfléchissent déjà à la suite. Le Der ne sera qu’une étape. Une fois le concept éprouvé, l’idée est de démultiplier des clusters de 15 à 20 bateaux sur des lacs français ou européens, soit en propre, soit en développement de franchises. Et pourquoi ne pas proposer à terme sur des zones urbaines l’offre en habitat pérenne qui pourrait intéresser des jeunes et des primo-accédants ? La vision et les idées ne manquent pas pour cette aventure entrepreneuriale synonyme de plaisir.
Un projet de réindustrialisation tourné vers le made in France et l’économie circulaire