Les blocages des transporteurs ont commencé ce week-end, dénonçant l'insuffisance des mesures d'aide de l’État. Le 27 mars, à Paris, à Bercy, le gouvernement annonçait un dispositif de soutien à l'égard les secteurs les plus impactés par l'envolée du prix des carburants. Une « réponse graduée, ciblée, sectorielle et limitée au mois d'avril » expliquait Roland Lescure, ministre de l'Economie. Secteurs concernés : la pêche (à hauteur de 5 millions d'euros), l'agriculture (14 millions d'euros) et les transporteurs routiers (50 millions d'euros). Dans ce secteur, les PME et les TPE les plus en difficulté bénéficieront d'une aide mensuelle forfaitaire par véhicule de 20 centimes par litre de carburant. En outre, le rythme de publication de l'indice gazole a été resserré, passant d'un mois à 15 jours, ce qui permettra aux transporteurs de réactualiser leurs tarifs plus rapidement. Les pêcheurs se verront rembourser 20 centimes par litre de carburant (sur facture). Et enfin, pour les agriculteurs, le gouvernement renonce à percevoir la taxe sur le gazole non routier (droit d'accise). Au niveau européen, « nous appelons à la suspension ou à la neutralisation », du MACF (Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières) qui contribue à augmenter le prix des engrais, a annoncé Annie Genevard, ministre de l’Agriculture.
L'ensemble de ces mesures s'ajoute à celles déjà annoncées au début de la semaine pour ces mêmes secteurs : reports de cotisations sociales, étalement d'échéances fiscales à la demande, prêts de Bpifrance, la banque publique d'investissement.
De pas assez à trop ciblé ?
Pour un montant total de 69 millions d'euros environ, « les mesures sont gagées sur le budget des ministères. Il ne s'agit pas d'une nouvelle enveloppe. Une loi de Finances rectificative n'est donc pas justifiée et largement prématurée », a précisé Roland Lescure. La « réponse » du gouvernement représente, d'une certaine manière, l'inverse du « bouclier énergétique » mis en place à partir de 2022 pour contrer le choc inflationniste successif à la guerre d'Ukraine. D'un coût global de 26,3 milliards d'euros, selon la CRE, Commission de régulation de l’énergie, le dispositif comportait des mesures extrêmement larges à l'image des remises sur le prix du carburant à la pompe, qui ont bénéficié à tous les automobilistes. Rien de tel avec la « réponse » du 27 mars. Même des populations comme les infirmières libérales, pourtant directement impactées par la flambée des prix des carburants, ne bénéficient pas d'aides.
Mais l'inquiétude et les demandes se diffusent bien au delà des trois secteurs ciblés par le gouvernement. La semaine dernière, par exemple, la Capeb, Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment, appelait à la mise en place d'un « comité de crise dédié pour suivre de près l'évolution des prix et éviter toute dérive ».
Dans un communiqué du 28 mars, la CPME, Confédération des petites et moyennes entreprises, jugeait que les annonces du gouvernement « vont dans le bon sens, mais elles constituent un début insuffisant au regard de l'ampleur du choc ». Sa liste des secteurs concernés par la crise est beaucoup plus exhaustive que celle du gouvernement : « les transporteurs, la logistique, les taxis, les voyagistes, les services à la personne, et toutes les activités grandes consommatrices de carburant et d’énergie ». Le 27 mars, Maud Bregeon ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement, répondant à une question sur les infirmières libérales, précisait : « Nos mesures ne sont pas pour solde de tout compte, nous essayons d'apporter une réponse au milieu d'une crise internationale, mais nous ne nous fermons pas la porte pour l'avenir ».