Portrait

Frédéric Leturque sur le Congrès de l’AMF 62 : «Détermination, optimisme et esprit collectif !»

Le 1er octobre, près de 700 maires, présidents d’intercommunalités et acteurs des collectivités sont attendus à Longuenesse pour le onzième Congrès de l’AMF62. Au cœur de cette édition, la capacité des communes à faire face aux crises, mais aussi la place de celle-ci dans une relation avec l’État que le président de l'association et maire d'Arras juge de plus en plus déséquilibrée, le tout à l’approche d’une présidentielle qui redonnera le ton. 


Covid, inondations, attentat d’Arras, incendies, canicules, sécheresse, tensions énergétiques, contraintes budgétaires… Pour les maires du Pas-de-Calais, les crises se succèdent, obligeant à revoir à chaque instant la manière d’anticiper, d’organiser et d’agir. C’est tout l’enjeu du onzième Congrès de l’AMF62, qui se tiendra le 1er octobre à Longuenesse, autour du thème «Les maires du Pas-de-Calais face aux crises».

Pour Frédéric Leturque, président de l’association, le premier enseignement des dernières années tient en quelques mots : «Il ne s’agit pas simplement d’être solidaires et généreux entre nous. Il faut aussi être organisés et solides». Plans de sauvegarde, coordination avec les services de l’État, pompiers, police, gendarmerie, protection civile ou encore Croix-Rouge, l’enjeu consiste à créer des réflexes collectifs avant que la crise survienne. Une nécessité particulièrement forte pour les petites communes, celles-ci disposant de moyens plus limités. 

Pédagogie 

Cette culture du risque doit également sortir des mairies. L’AMF62 souhaite ainsi travailler davantage sur la prévention et la pédagogie auprès des habitants. Exemple concret : lister un «kit» d’urgence à avoir chez soi pour préparer les populations à une éventuelle évacuation.

L’été dernier a encore servi de test grandeur nature. Les épisodes de fortes chaleurs ont confirmé l’utilité des dispositifs mis en place après les canicules des années 2000 : appels aux personnes fragiles, recensement des personnes isolées. Mais la durée des épisodes pose désormais une nouvelle question, celle de l’adaptation des bâtiments publics, et ce, avec bon sens et surtout les moyens du bord. Pas question, ainsi, de climatiser toutes les écoles. «Il faut inscrire les choses dans le temps, hiérarchiser les bonnes idées», estime le président de l’AMF62. Volets, ventilation, espaces frais… les collectivités doivent composer avec leurs capacités d’investissement. Cette contrainte rejoint d’ailleurs un autre dossier sensible quant aux écoles, celui de la carte scolaire. Dans les communes confrontées au recul démographique en effet, maintenir ou rénover des équipements surdimensionnés n’a plus forcément de sens. 

La présidentielle donnera le tempo

Derrière la gestion des crises se joue une question plus politique : jusqu’où les collectivités pourront-elles continuer à agir avec des moyens contraints ? À l’approche de la présidentielle et des législatives, Frédéric Leturque entend porter cette question dans le débat national. «La présidentielle donne le ton quant à la manière dont le pays est gouverné, mais aussi la direction et le projet dans lequel il est conduit». Les collectivités restent largement dépendantes de la trajectoire définie par l’État, notamment à travers ses dotations. Or le président de l’AMF62 dénonce un décalage croissant entre les responsabilités confiées aux élus locaux et ces moyens insuffisants. «Aujourd’hui, l’État nous demande de faire toujours plus, de faire toujours mieux, mais nous donne moins». 

«L’État nous demande toujours plus, mais nous donne moins»

À cela s’ajoute l’augmentation du coût des services publics, dans un contexte inflationniste où les marges financières des communes sont très variables selon la taille et la richesse des territoires. Pour Frédéric Leturque, «il y a de plus en plus de communes qui sont en difficulté». Cette situation «n’est pas tenable». Le message adressé aux futurs candidats est donc celui d’une nouvelle relation entre le national et le local, fondée davantage sur la confiance.

Briser l’isolement 

Pour illustrer cette nécessité, Frédéric Leturque revient sur un précédent congrès consacré à l’eau. À l’époque, les élus alertaient déjà sur les sécheresses, les nappes phréatiques, la pollution et la nécessité de repenser l’aménagement du territoire. Quelques semaines plus tard, les inondations frappaient le Pas-de-Calais. Un tiers des communes du département avaient alors été touchées. L’épisode a démontré, selon lui, l’importance de la coopération entre collectivités (région, communes) et services de l’État, notamment la préfecture. «C’est là où on voit l’utilité de tisser un maillage de dialogue efficace au niveau territorial». Ce maillage doit désormais être renforcé à l’échelle nationale.

Le président de l’AMF62 conteste aussi l’image de collectivités dépensières et excessivement administrées. Les élus locaux, rappelle-t-il, ont absorbé de nombreux transferts de compétences et doivent répondre à des attentes toujours plus importantes de leurs administrés. 

Avec environ 700 participants attendus, le congrès veut faire vivre une communauté d’élus capable de dépasser les différences politiques lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins des habitants. Cette dynamique se poursuit d’ailleurs toute l’année avec l’Université d’été, mais aussi des rencontres au fil de l’eau. Une manière, pour l’association, d’éviter un mal souvent évoqué par les élus; le sentiment de solitude.