La santé mentale au travail, déterminant clé de l’engagement et de la performance durable
La 3ème édition du baromètre Qualisocial de la santé mentale confirme que si la dégradation de la santé mentale des salariés ne trouve pas toujours son origine dans le travail, en revanche ses conséquences se manifestent pleinement dans l’entreprise. Engagement, recommandation de l’employeur, absentéisme : les indicateurs de performance durable sont directement impactés.
D’après le baromètre*, 79 % des personnes interrogées citent prioritairement des facteurs non professionnels comme causes principales de la dégradation de leur santé mentale. Le travail n’est pas systématiquement le premier facteur de fragilisation psychique : il est devancé par le contexte national (32%), et les facteurs individuels (38%) des travailleurs. Néanmoins, l’entreprise reste en première ligne pour en absorber les effets économiques et humains. « L’an dernier, l’absence de confiance en l’avenir ressortait comme le principal facteur individuel. Cette année, ce sont davantage des difficultés liées à l’estime de soi », observe Camy Puech, président-fondateur du cabinet Qualisocial. Si l’avenir demeure incertain et peu maîtrisable par les organisations, le baromètre souligne en revanche un levier d’action immédiat : « On peut agir dans le présent, outiller les personnes sur la régulation émotionnelle et favoriser concrètement une meilleure santé mentale ».
Impact sur la performance durable
L’étude établit un lien clair entre santé mentale et performance durable, mesurée à travers plusieurs indicateurs : engagement, satisfaction, ou encore recommandation de l’employeur. Les chiffres sont sans appel. « Lorsqu’un salarié est en mauvaise santé mentale, on perd 45 % de collaborateurs qui recommanderaient leur employeur et 33 % de travailleurs engagés », souligne Camy Puech. Même lorsque l’entreprise n’est pas à l’origine de la fragilisation, « elle en paie les conséquences ». La perte d’engagement et de capacité à se projeter dans la durée affaiblit directement la dynamique collective. Autre point de vigilance mis en lumière par le baromètre : le maintien d’une forte implication au travail, malgré une baisse marquée de l’énergie. « C’est typiquement ce que l’on observe dans les situations de burn-out », rappelle Clémentine Treppoz, psychologue clinicienne chez Axis Mundi. Chez certaines populations, notamment les soignants, l’engagement reste élevé, alors même que l’épuisement s’installe, conduisant à des arrêts-maladie longs et à des ruptures professionnelles durables.
Des fragilités sectorielles très contrastées
Le baromètre met en évidence des différences marquées de santé mentale selon les secteurs d’activité. Elles tiennent à la conjoncture économique, à la nature du travail et aux ressources disponibles pour l’exercer. « Il vaut mieux être dans un secteur qui va bien économiquement que dans un secteur qui va mal », résume Camy Puech. Les secteurs comme le BTP ou certains services aux entreprises présentent des indicateurs plus favorables, portés par un fort sentiment d’utilité et d’accomplissement. « Arriver sur un terrain vide et repartir après avoir construit quelque chose génère une satisfaction très protectrice pour la santé mentale », souligne-t-il. À l’inverse, le médico-social et, dans une moindre mesure, l’enseignement, concentrent davantage de fragilités. Le baromètre pointe un déséquilibre croissant entre l’utilité du travail et les moyens pour l’exercer. « Le stress apparaît lorsqu’il y a un écart entre les contraintes perçues et les ressources disponibles pour y faire face », rappelle Camy Puech, décrivant un contexte propice à l’épuisement professionnel.
Prévention : moins d’un salarié sur deux couvert
Sur le terrain de la prévention en santé mentale, les progrès restent lents. Moins d’un salarié sur deux bénéficie aujourd’hui d’un tel dispositif. Même si la santé mentale a été érigée en Grande Cause nationale en 2025, cela n’a pas encore produit d’effet mesurable. « L’instabilité politique a retardé la mise en œuvre opérationnelle des mesures », explique Camy Puech, qui anticipe un effet décalé à partir de 2026. Pourtant, l’efficacité de ces mesures de prévention est démontrée : 86 % des salariés disposant d’un dispositif complet estiment qu’il améliore leur santé mentale, soit trois points de plus que l’an dernier. L’enjeu est d’autant plus fort que des corrélations chiffrées ont été établies. « Quand une entreprise gagne 10 points de QVCT [qualité de vie et des conditions de travail], elle gagne 7 points de performance durable et 4 points de santé mentale », détaille Camy Puech. L’impact sur l’absentéisme est particulièrement significatif : –1,2 point, un niveau jugé « énorme » au regard des enjeux économiques actuels.
Sécurité psychique, ambiance, utilité
Les priorités exprimées par les salariés restent stables. Ils citent en premier lieu la sécurité psychique, entendue comme le sentiment de sécurité dans l’organisation, l’ambiance de travail, et le sentiment d’efficacité et d’utilité. Mais la satisfaction sur ces items se dégrade : 33 à 34 % d’insatisfaits en 2026, contre 28 à 29 % en 2024 sur les deux premiers critères. Pour Camille Puech, « La santé mentale n’est pas un sujet de responsabilité individuelle ou exclusive de l’entreprise. C’est un enjeu collectif de société ». Le véritable frein n’est pas économique — « pour 10 000 euros de coût (présentéisme, absentéisme, turn over...), c'est 2,5 euros investis en prévention » — mais culturel, notamment dans les pratiques managériales. Identifier les problèmes, les nommer et agir à tous les niveaux de prévention reste, selon lui, la condition pour enrayer durablement cette fragilisation de la santé mentale.
* 3e édition du baromètre de la santé mentale, réalisée avec Ipsos-BVA, auprès de 3 000 travailleurs interrogés en ligne du 14 au 20 novembre 2025.