Patrimonial ne signifie pas figé. En mars dernier, à Paris, dans le cadre du salon Sitem, Salon international des musées, une table ronde «Les patrimoines comme moteurs d'attractivité touristique et modèles de tourisme durable» réunissait les représentants de plusieurs réseaux regroupés au sein de l'association «France. Patrimoines & territoires d'exception», qui partagent cette même orientation. Laquelle suppose de créer une harmonie avec des dynamiques qui pourraient facilement rentrer en contradiction.
Par exemple, «le massif du Canigou, dans les Pyrénées, est emblématique de ce qu'il est possible de faire pour répondre au défi d'accueillir énormément de visiteurs, de développer l'économie tout en préservant le site (...) Longtemps, le site s'est développé avec la route, des accès motorisés, des pistes forestières pour accéder aux sommets. C'était très dommageable pour l'économie locale du pastoralisme et la biodiversité», décrit Soline Archambault, directrice du Réseau des Grands sites de France. Un travail de fond a été mené pour trouver un équilibre entre tourisme (800 000 visiteurs annuels), nature et le quotidien des 30 000 habitants. Une quarantaine de pistes ont été fermées, remplacées par un nouveau dispositif qui comporte pôles d'accueil, cheminement pédestre, refuges.... Dans les villages, des «balcons» permettent aux visiteurs d'admirer le massif et aux habitants de tirer un bénéfice du tourisme.
Une démarche comparable a été menée dans le parc naturel régional des Volcans d'Auvergne, pour le Puy Mary (500 000 visiteurs annuels). Dans cinq des sept vallées glacières qui l'entourent, une «maison de site» a été mise en place pour accueillir et informer les visiteurs. Un système de navettes leur permet d'accéder au Puy. «Cela a bénéficié aussi aux habitants qui les utilisent pour leurs déplacements», en passant d'une vallée à l'autre, complète Soline Archambault.
L’office du tourisme, un réflexe
En milieu urbain également, il est essentiel de trouver «l'équilibre entre le cadre de vie des populations et l'accueil des visiteurs», plaide Florence Sirot, directrice de Sites et cités remarquables de France. Exemple, avec la ville d'Aix-en-Provence. Pour préserver son tissu social et urbain, la commune a fortement réduit le nombre de logements pouvant être mis en location via des plateformes type Airbnb. Elle a également limité la transformation de commerces du quotidien en glaciers et revendeurs de calissons. Par ailleurs, le vaste office du tourisme qui a été ouvert n'est pas seulement l'affaire des touristes. «40% de ses visiteurs sont des habitants. Lorsqu'ils ont la visite d'amis, ou de la famille, cela devient un réflexe...», souligne Florence Sirot.