Qu'est-ce qui vous a amenée à vous spécialiser dans les ressources humaines et l'alternance ?
L'alternance est un sujet qui m'intéresse depuis longtemps, j'en ai fait le sujet de mon doctorat en 2005. Avant de devenir enseignante-chercheuse à l'EM Normandie, j'ai exercé comme praticienne en ressources humaines, et j'ai moi-même été alternante.
Comment est née l'idée de ce livre ?
Avec Antoine Pennaforte, mon co-auteur, nous travaillons depuis longtemps sur l'alternance sous l'angle des sciences de gestion. Ce livre est né d'un angle encore peu exploré : la gestion opérationnelle de l'alternance au sein des entreprises. Le contexte y a aussi contribué : les politiques d'aide mises en place pendant la crise sanitaire, comme le dispositif «1jeune1solution», ont considérablement augmenté le nombre d'alternants. Nous avons écrit un livre avec des outils concrets, avec des témoignages et des fiches pratiques, utiles à toutes les tailles d'entreprises.
L'alternance a évolué ces dernières années. Qu'est-ce qui a réellement changé ?
J'ai consacré un article scientifique à cette évolution, et je constate que la dimension académique de l'alternance est plus forte, tout comme le rôle de l'accompagnateur et du facilitateur au sein de l'entreprise. La reconnaissance statutaire a également progressé : il y a quinze ans, un alternant se sentait souvent moins considéré qu'un stagiaire. Depuis la crise sanitaire, tout le monde sait ce qu'est l'alternance.
Mais, aujourd'hui, le gouvernement ne cesse de diminuer les aides. Cela pèse sur les jeunes qui n'ont pas les moyens, et aussi sur les entreprises qui ne peuvent plus se permettre d'accueillir un alternant. Le nombre d'offres a considérablement diminué. Je comprends la volonté du gouvernement de réorienter les fonds, mais l'enseignement supérieur prépare les compétences de demain, c'est nécessaire.
Vous écrivez que «l'alternance apparaît comme une réponse évidente... qui ne l'est pas toujours». Que voulez-vous dire ?
Avec Antoine Pennaforte, nous sommes convaincus que l'alternance est une réponse évidente. Elle ne l'est plus lorsqu'elle devient uniquement économique. Ce n'est pas ainsi qu'il faut raisonner. L'alternance est un échange positif et important : les alternants d'aujourd'hui sont les collaborateurs de demain.
Dans votre livre, vous évoquez la création d'un label qualité. De quoi s'agit-il ?
L'idée serait de disposer d'un outil permettant d'évaluer la qualité de la démarche engagée par les organismes de formation et les entreprises vis-à-vis de leurs alternants. Car certaines entreprises, voire des secteurs d'activité, ont recours à l'alternance pour pourvoir des postes permanents. Un label obligerait à se poser les bonnes questions : l'alternant apprend-t-il des choses ? Son employabilité progresse-t-elle ?
Si vous deviez retenir une bonne pratique, aussi bien pour les alternants que pour les entreprises, laquelle choisiriez-vous ?
C'est difficile de n'en retenir qu'une, mais je citerais l'accompagnement tout au long du contrat, non pas pour de simples bilans ponctuels, mais pour évoquer l'évolution professionnelle de l'alternant. Un contrat d'alternance s'inscrit dans la durée, c'est un engagement de développement.
J'ajouterais une deuxième pratique : verbaliser sa pratique. Pour l'alternant comme pour le tuteur, cela signifie poser des questions, expliquer son raisonnement, justifier ses décisions.
Réussir avec vos alternants, stratégies gagnantes pour une gestion efficace de Sarah Alves (EM Normandie) et Antoine Pennaforte, publié aux éditions Dunod le 25 mars.