Dans le climat conjoncturel actuel mouvementé comment se positionnent les banques régionales ?
Frédéric Di Scala : Les banques sont un facteur de stabilité ! Les difficultés sont réelles, les pressions sont de plus en plus importantes et tout le monde appellerait à un climat plus serein. Il nous appartient à tous de ne pas nourrir une sur-morosité. Notre engagement a toujours été d’accompagner les entreprises tout au long de leur cycle de vie. Les banques sont aux côtés de leurs clients entrepreneurs dans les bons et moins bons moments et aident à surmonter les difficultés en les anticipant le mieux possible.
Comment ?
Les chefs d’entreprise ne doivent pas rester isolés et c’est encore plus vrai aujourd’hui . Plus tôt, nous identifions les problématiques, plus nous avons d’options pour accompagner au mieux. Face à ces situations, il est indispensable de passer par le soutien d’un tiers de confiance dont les banques font partie. Dans ces cas, la banque est rarement le problème et c’est souvent une partie de la solution.
Le conflit au Moyen-Orient ajoute des difficultés à une situation déjà délicate, comment l’appréhendez-vous ?
Je ne veux pas céder trop vite au catastrophisme. Ce conflit a des effets qui sont déjà visibles mais nous ne pouvons pas en mesurer leur intensité et leur durée, tout dépend de son évolution. Les entreprises demeurent résilientes mais pour autant la succession de ces pressions met en difficulté celles qui sont les plus fragiles. Il y a aujourd’hui une tendance à avoir un nombre de défaillances d’entreprises qui tend à augmenter au-delà des références que nous avons connues avant l’épisode de la Covid-19.
Si la situation conjoncturelle devait continuer à se dégrader, comme l’anticipe d’ailleurs la CCI Grand Est qui vient, avec une vingtaine d’organisations représentatives de l’univers entrepreneurial, de proposer des mesures phares à mettre en œuvre rapidement, quels sont les mécanismes que les banques pourraient actionner ?
Le secteur bancaire demeure solide et nous sommes là pour apporter les solutions nécessaires. Notre fédération, au niveau national, vient de signer une Charte de confiance avec l’ensemble des acteurs publics, privés et associatifs. L’objectif est d’aller au plus près des entrepreneurs en difficulté. Les banques ont confiance en la capacité des entreprises à traverser les difficultés pour continuer à poursuivre leur développement et les entreprises doivent avoir confiance en leur banquier pour les accompagner.
D’après les derniers chiffres de la Banque de France l’accès au financement des entreprises se montre résilient et les encours de crédits aux entreprises demeure à un bon niveau. Ce constat est-il le même dans la région ?
Les encours de crédit affichent, au niveau régional, une évolution toujours positive (198 342 361 euros, soit une évolution de 0,1% sur un an : source Banque de France). Ils continuent de progresser, notamment au niveau des crédits d’équipement (53 467 829 euros, soit une évolution de 1,2% sur un an : source Banque de France).
L’investissement des entreprises est donc toujours présent ?
Il y a encore de l’investissement de la part des entreprises mais à un rythme beaucoup moins important de ce que l’on pouvait observer jusqu’à présent. Dans un environnement général caractérisé par une croissance atone, selon les chiffres de l’Insee, ce que l’on peut imaginer, et c’est ce que l’on attend, c’est de voir les chefs d’entreprise différer certains investissements qui ne sont pas critiques notamment sur les capacitaires. L’investissement est toujours présent mais il est centré sur ce qui permet de soutenir une certaine forme de productivité, notamment autour de la décarbonation ou encore des technologies. Bon nombre de dirigeants ont en tête de s’approprier ces gains technologiques pour accompagner et augmenter leur productivité. Le risque, c’est de ne pas investir dans ce qui permet de soutenir la compétitivité des entreprises.
Enjeux des transmissions
Les transmissions d’entreprises ! L’un des enjeux majeurs pour l’univers bancaire régionale. La région se caractérise par la présence importante d’entreprises familiales aujourd’hui à transmettre. «C’est ce que j’appelle l’enjeu des grandes transmissions», assure Frédéric Di Scala. «Pour que ces entreprises restent ancrées sur notre territoire, nous devons les accompagner le plus efficacement possible dans ce moment intergénérationnel».