Le sujet est sur toutes les lèvres depuis quelques années : la transformation des métiers des professionnels du chiffre et du droit à l’ère d’Internet. Les commissaires aux comptes n’y échappent pas et sont entrés dans une phase presque opérationnelle, à l’heure du passage obligatoire à la facturation électronique qui interviendra à compter du 1er septembre 2026 pour les entreprises concernées, pour un passage obligatoire à toutes les entreprises en 2027. «Avec l’arrivée de la facture électronique, beaucoup de tâches vont être automatisées, il va falloir aller chercher la donnée, la traiter et l’utiliser, explique Frédéric Tilly, président de la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes (CRCC) des Hauts-de-France et dirigeant du Cabinet Clarté Audit Consultant à Compiègne, dans l’Oise. Elle bouleverse nos interventions et notamment l’analyse du contrôle interne».
Pour autant, ce bouleversement reste, pour Frédéric Tilly, bénéfique pour la profession. L’automatisation de certaines tâches combinées à la rapidité des traitements aident profondément les commissaires aux comptes à aller plus loin dans leur fonction. Et même à exercer pleinement leur métier, centré sur l’humain et l’analyse. «Dans trois ans, avec la facture électronique et les outils de l’Intelligence artificielle, nous serons en mesure de sonder 100% des activités comptables d’une entreprise, de détecter les anomalies, de réaliser des audits à distance et donc d’améliorer nos diligences au service de nos missions», exprime le président de la CRCC Hauts-de-France. Grâce à cette technologie, les professionnels pourront, par exemple, mieux comprendre l’organisation interne d’une entreprise et apporter leur expertise pour sortir une entreprise d’une impasse.
L’IA : plus-value à maîtriser
Car l’intelligence artificielle est l’autre sujet central pour les commissaires aux comptes, la définissant comme la valeur ajoutée de leur métier. Aux prémisses de son utilisation, l’IA permet déjà à ces professionnels de trouver des informations plus rapidement au sein de documents de plusieurs centaines de pages, évitant des heures de travail. Une petite révolution donnant du temps aux commissaires aux comptes pour un travail de fond, mais qui, Frédéric Tilly le sait, annonce presqu’à l’infini d’autres façons de l’utiliser. Mais là encore, l’IA remet l’humain au centre. «L’IA est une valeur ajoutée pour nos métiers sans contestation mais il faut l’utiliser correctement, ce n’est pas un outil de remplacement mais bien d’aide, prévient Frédéric Tilly. L’IA possède des limites et l’esprit critique du commissaire aux comptes est essentiel. Car chaque situation est différente et il faut un avis d’un professionnel après chaque action de l’IA pour éviter, notamment, les aberrations».
L’IA permet de nous concentrer sur l’analyse
Reste pour la CCRC à trouver les bons outils pour une meilleure utilisation. Aujourd’hui les solutions étant publiques, la CRCC prône le développement d’outils IA privés, sécurisant ainsi les données des entreprises. «Nous réfléchissons à mettre en place des outils privés», exprime Frédéric Tilly. Dans ces nouveaux enjeux, le recrutement sera aussi en transformation. L’évolution des profils dans les recrutements va bousculer également les façons de travailler. De même, les tâches qu’effectuent actuellement les «juniors» seront remplacées, au fil du temps, par l’IA... et leur place au sein d’un cabinet potentiellement remise en question. «Il ne faudrait pas être tenté de ne pas recruter des juniors et de les remplacer, prévient encore Frédéric Tilly. Il faut s’adapter dans nos pratiques et trouver une façon de s’organiser et surtout former les jeunes à l’esprit critique face à l’IA».
Cybercriminalité : danger récurrent
L’utilisation d’Internet et de l’IA sont par ailleurs la porte ouverte aux fraudes à distance, la cybercriminalité auprès des entreprises étant devenue un fléau. Détournement de fonds à partir de hacking du système, fraudes aux faux R.I.B... les entreprises se font attaquer également plus vite et plus efficacement par les criminels des réseaux informatiques. «Toutes les entreprises sont attaquées, soit directement soit parce qu’un de leurs fournisseurs l’est, constate Frédéric Tilly. Des outils se créent pour les contrer et nous sommes là aussi pour signaler les risques et éviter les problèmes en apportant des recommandations à nos clients». La CRCC recommande aux entreprises de prendre conscience de cette cybercriminalité souvent dévastatrice et d’avoir des habitudes de règles de contrôle et de méfiance. Prêts, les commissaires aux comptes entendent changer leurs pratiques dans le but d’être plus efficaces pour laisser davantage la place à leur analyse et garder le contact avec les entreprises, finalement au cœur de leur métier.