Dossier
Dossier Recrutement & management

Les mains dans les stups...

Les drogues, licites ou non : problème hier, symptôme sociétal aujourd’hui  ! Fin juin, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, annonçait lancer par le biais d’une circulaire un mini plan anti-drogue dans les ministères et les cabinets d’État. Il souhaite l’étendre au monde de l’entreprise. Cette donne est déjà présente dans l’écosystème entrepreneurial dans des conditions juridiques réglementées. La démarche engagée tente surtout à démontrer la banalisation actuelle de l’usage de stupéfiants, à tous les niveaux.

© DR- La banalisation de la consommation de stupéfiants est une réalité en entreprise.

© DR- La banalisation de la consommation de stupéfiants est une réalité en entreprise.

Un quatre feuilles de marocco pour décompresser, un rail de coke pour tenir le rythme et la cadence…, elle semble loin la simple pause clope. L’usage et la consommation de drogues illicites demeure, quoi que l’on en dise, un sujet tabou dans la sphère entrepreneuriale, mais une réalité frappante. Dans l’Hexagone, d’après les chiffres de l’Observatoire des drogues et des tendances addictives (OFDT) et du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), plus de 900 000 personnes consomment régulièrement du cannabis et près de quatre millions de Français ont expérimenté la cocaïne. «Sa consommation a littéralement explosé», assure l’OFDT. L’usage de stupéfiants a franchi un cap, y compris au sein des entreprises. «Auparavant, c’était un simple problème avec des cas plus ou moins isolés et facilement détectables ; aujourd’hui, c’est un vrai symptôme. L’usage de drogue par un collaborateur est plus que problématique mais souvent cela cache surtout un malaise certain. C’est un signal d’alerte que l’on ne doit pas négliger», assure une responsable RH dans le secteur de l’ingénierie. La banalisation de l’usage de drogues est certaine, la mouvance sociétale indéniable. Une véritable gangrène aux conséquences plus que dommageables. Pour bon nombre, un électrochoc apparaît plus que nécessaire. Le pavé dans la mare jeté en juin dernier par la circulaire du Premier ministre Sébastien Lecornu, qui souhaite mettre en place des dépistages inopinés et obligatoires sous forme de tests salivaires dans les ministères et les cabinets d’État, pourrait éclabousser d’autres sphères que l’étatique et, en première ligne, l’ensemble de l’écosystème entrepreneurial. Le dépistage de consommation de drogue et l’usage de stupéfiants, bien que toujours tabou, y sont pourtant une réalité ancrée.

Protection et respect des droits

«Le dépistage anti-drogue existe déjà dans le monde de l’entreprise et il doit répondre à tout un ensemble de règles strictes. Le test salivaire doit figurer dans le règlement intérieur et le salarié doit occuper un poste dit à risques. Il faut également que ce soit proportionné et justifié pour des raisons de sécurité comme des emplois manuels, ceux nécessitant des déplacements véhiculés ou encore pour des cadres qui ont sous leurs responsabilités des collaborateurs», explique une professionnelle du droit nancéienne. «Le secteur privé répond déjà à un cadre juridique strict et bien défini. Pour une entreprise, le déploiement de ce type de dépistage ne s’improvise pas, il doit concilier la protection des équipes et le respect des droits des salariés». Les garde-fous existent car les limites entre vie privée et vie professionnelle sont bien présentes. L’article L4121-1 du Code du travail s’impose ainsi comme le premier maillon du dépistage de la drogue en entreprise. Le texte stipule que l’employeur a une obligation légale de sécurité. Il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale de ses salariés. «L’obligation de sécurité est au cœur de la démarche de dépistage. La consommation de stupéfiants au travail altère la vigilance et met en péril la sécurité des salariés. Mettre en place des tests salivaires ou d’autres outils de contrôle devient alors un acte de prévention indispensable pour limiter les accidents et couvrir la responsabilité de l’entreprise». Dans ce cas, les choses, dans les textes, sont claires : la responsabilité civile et pénale de l’employeur est directement engagée s’il ne protège pas ses salariés. Aujourd’hui, le cadre juridique se cantonne à certains secteurs d’activité (déjà nombreux), à certains postes jugés à risques, mais l’idée générale serait d’étendre cette chasse à la consommation de stupéfiants à l’ensemble des collaborateurs et composantes de l’entreprise. Reste à faire accepter cette généralisation souhaitée  ! Seul le passage par des dispositifs encadrés pourra le permettre. Cette hausse de consommation de stupéfiants dans toutes les strates de la société, que bon nombre préfère ne pas voir, cache surtout un certain état général du pays qui fait plus qu’interroger.


La consommation de cocaïne a explosé