Dans les dix prochaines années, près de 500 000 dirigeants partiront à la retraite, mettant en jeu plus de trois millions d’emplois au sein d’un tissu productif composé à plus de 98% de TPE et de PME. Dans ce contexte, le rachat des Transports Bertout à Nesle (créé en 1987) par le groupe belge Vervaeke illustre les défis que représente le passage de témoin pour des milliers d’entrepreneurs. «Pour moi, tout l’enjeu était de pérenniser l’entreprise. Je la transmets à un groupe familial solide, avec qui nous partageons des valeurs similaires», explique Francis Bertout. De son côté, Frédéric Derumeaux, PDG de Vervaeke, voit dans cette acquisition l’opportunité de renforcer sa présence en France, où il possède déjà une entité de 40 salariés à Halluin (Nord). «Nous sommes là pour soutenir le développement de la société. Il est donc important de nous appuyer sur des chauffeurs, une équipe et un dirigeant français qui connaissent parfaitement le marché national», précise-t-il.
Une reprise totale
Cette opération intervient près de deux ans après les premiers contacts, initiés en 2024 par le groupe belge. «Le transport de matières dangereuses est assez concurrentiel mais il ne concentre qu’une dizaine d’acteurs. Notre souhait était de reprendre une entreprise avec qui nous partagions la même philosophie, mais aussi les mêmes standards de qualité et de sécurité», explique Frédéric Derumeaux. Cette marque d’intérêt a immédiatement trouvé un écho favorable auprès de Francis Bertout, qui, à plus de 65 ans, s’était déjà interrogé sur la transmission de sa structure. Pendant de longs mois, les deux parties ont donc appris à se connaître. Cette cession a cependant entraîné des interrogations auprès des salariés. «Vervaeke n’a pas simplement racheté une flotte, mais a aussi acquis les murs. C’est un signal très fort», rassure Francis Bertout. Fin mai, un petit-déjeuner a d’ailleurs été organisé pour que les équipes, qui comptent 70 collaborateurs, rencontrent leur repreneur. «L’idée était de souhaiter la bienvenue aux salariés et leur présenter notre projet. Notre ambition est bien de rester ici et de faire en sorte qu’il y ait un réel développement sur ce site», précise Frédéric Derumeaux.
Développer des services
Dans un premier temps, Vervaeke entend observer le fonctionnement et la rentabilité des Transports Bertout. «Nous allons voir comment opérer des économies et optimiser les choses», note Frédéric Derumeaux. Le dirigeant, qui souhaite conserver l’ensemble des activités de l’entreprise, dont la location de tracteur avec chauffeur pour la grande distribution ou le transport de profilés en béton, veut aussi apporter de nouveaux services sur le marché hexagonal. «Nous sommes actifs dans d’autres pays dans la distribution de gaz, dont le transport nécessite une grande connaissance technique. Nous sommes aussi présents sur la distribution de produits pétroliers comme l’essence et le diesel», pointe Frédéric Derumeaux.
Le dirigeant réfléchit également à proposer des solutions logistiques intermodales depuis le futur port intérieur du canal Seine- Nord Europe, tout proche des Transports Bertout. «Le secteur de la chimie connaît des difficultés. Il est, à mon sens, primordial de préserver ce domaine stratégique pour la souveraineté européenne. À notre niveau, notre ambition est de continuer à progresser et à maintenir une offre de qualité. Avec cette acquisition, nous avons tous les atouts pour être différenciants», conclut Frédéric Derumeaux.