Au moment où les chiffres du chômage repartent à la hausse et que de nombreuses entreprises voient leur carnet de commandes s’éroder dans un contexte international incertain, d’autres, au contraire en plein essor, peinent à recruter. Comment attirer de nouveaux candidats après avoir tout tenté du côté des canaux classiques ou encore des réseaux sociaux ? «Nous sommes arrivés à un point où nous avons conscience que le principal frein reste notre territoire et son absence d’offres concernant le logement ou encore les sorties culturelles», analyse un dirigeant. Face à ce constat, certaines entreprises ont décidé de prendre leur avenir en main, en investissant avec un seul objectif : ne plus subir. C’est le cas dans le Nord meusien, à Dieue-sur-Meuse, commune qui a la particularité d’accueillir le groupe agroalimentaire Hochland et la PME du bâtiment Berthold. Les deux poids lourds totalisent plus 650 salariés pour une population de seulement 1 500 habitants. Depuis plusieurs années, les deux directions sont confrontées aux mêmes difficultés à recruter, notamment les jeunes en alternance. Les deux pourraient investir pour proposer une offre nouvelle de logements dédiés. Leur projet de Maison des alternants a percuté l’initiative du Département et de son laboratoire des mobilités. «Nous pourrions intervenir en complément pour la question de la gestion et l’animation de l’hébergement», confie Valérie Woitier, vice-présidente en charge de la Mobilité, ajoutant que des décisions devraient être prises avant la fin d’année.
Une offre de coloc’ pour jeunes actifs
La problématique est la même dans le Sud meusien où Daimler Buses a réussi le tour de force de faire signer cent CDI en 2025 et prévoit le même objectif chiffré en 2026. Véritable locomotive économique et premier employeur privé de Meuse avec ses 1 300 collaborateurs à Ligny-en-Barrois, l’entreprise bénéficie depuis quelques mois d’une offre de colocation mise à disposition des jeunes actifs-cadres ou apprentis qui viennent de signer un contrat. Pouvant héberger six colocataires, cette expérimentation portée par l’OPH de la Meuse et Action Logement pourrait se multiplier dans ce territoire rural confronté à l’absence d’hébergement adapté. Il est vrai que les études démontrent de plus en plus le lien entre pénurie de logements et difficulté au recrutement. Si la réalité est bien nationale, les territoires ruraux sont davantage impactés avec une vacance plus importante et moins de transports en commun. Conscient de cette réalité, le bailleur social meusien porte un autre projet d’ampleur à Bar-le-Duc. «Avec ce dossier de résidence mobilité, on sort de notre business modèle, mais on joue pleinement notre rôle d’aménageur en renforçant l’attractivité de la ville avec une nouvelle offre d’hébergement temporaire à la nuitée», analyse Matthieu Cop, le directeur général de l’OPH de la Meuse.
Des logements autonomes pour salariés sans solution
L’objectif est de mettre sur le marché des logements autonomes de 25m² avec salle de bains et kitchenette pouvant accueillir des salariés en mobilité, mais également des étudiants ou stagiaires, soit une offre alternative inexistante actuellement dans la ville chef-lieu de la Meuse. L’ancien bâtiment Couchot coche toutes les cases : un emplacement en cœur de ville, à deux pas de la gare SNCF, dans un quartier réhabilité. À l’horizon 2028, entre 70 ou 80 logements temporaires seront mis à disposition des actifs. Cette initiative entre également dans la politique de diversification conduite par l’OPH alors que le projet Cigéo de Bure pourrait accueillir les premiers ouvriers pour les travaux préparatoires avant 2030. Des actions privées ou publiques nécessaires dans un département étendu et rural où le lien entre logement et emploi sont intimement liés.
Une nouvelle offre d’hébergement temporaire à la nuitée pour accueillir des salariés en mobilité
La triple peine
Beaucoup de foncier en Meuse, avec de nombreuses friches, alors que le coût de construction est identique à Nancy ou ailleurs. Or la valeur du bâtiment n’est pas la même dans ce territoire rural où le niveau de fiscalité reste élevé, avec moins de cotisants. Face à ce constat, Thierry Iung, le président du Medef 55 parle d’une «triple peine» pour les patrons meusiens «beaucoup plus fiscalisés qu’ailleurs et sur une masse toujours plus restreinte». Malgré cette réalité, les entreprises investissent et innovent pour attirer de nouveaux talents, rappelle celui qui milite pour «une politique beaucoup plus incitative, notamment fiscale, pour réussir à attirer plus d’entreprises».