Passer des paroles aux actes. C’est un peu la philosophie du plan alimentation durable et bas carbone porté par le Département de la Meuse qui a la ferme intention de soutenir les agriculteurs et producteurs locaux, tout en permettant à ses collégiens de bénéficier de repas qualitatifs à la cantine. Bien loin du (mauvais) souvenir de toute une génération d’élèves. Pour y parvenir, la collectivité s’appuie sur l’article 24 de la loi Egalim qui introduit des objectifs d’approvisionnement pour la restauration collective. Depuis le 1er janvier 2022, les cantines scolaires sont effectivement censées proposer à leurs convives 50% de produits durables et de qualité et au moins 20% de produits biologiques. Ce texte législatif ne se réduit toutefois pas à la seule alimentation Bio, mais intègre entre autres la question de la diversification des protéines, les menus végétariens ou encore la lutte contre le gaspillage. En Meuse, un diagnostic a été conduit en 2025 s’appuyant sur quinze audits règlementaires menés dans les quinze cantines gérées par le conseil départemental. Celui-ci a révélé une moyenne de 26% de produits durables achetés (contre 50% fixés par la loi) et 13% pour le Bio (en deçà des 20% prévus par le législateur). Derrière ces chiffres se cache une vraie disparité avec des très bons élèves et d’autres à la traîne. Jérôme Dumont, le patron de l’exécutif meusien, préfère retenir «une réelle dynamique collective avec des progressions enregistrées partout», ajoutant vouloir faire de la Meuse «un territoire exemplaire» dans l’élaboration des menus proposés dans les cantines scolaires.
En ordre de marche pour fin 2027
Pour inverser la tendance, chaque établissement a contractualisé une trajectoire qui se veut personnalisée, progressive et adaptée. L’enjeu est que toutes les cantines aient atteint l’objectif fixé par le Département d’ici fin 2027. En 2026, seul le collège de Vaucouleurs respecte les obligations règlementaires. Un résultat qui s’explique par un engagement de longue durée coïncidant avec l’arrivée du chef de cuisine en 2019, convaincu de l’importance de privilégier les achats locaux pour les 370 couverts quotidiens à satisfaire. Et ce avant même le vote des textes règlementaires. «Le but est que les jeunes aient bien mangé, prennent du plaisir avec le plus de produits frais possible», confie le chef Jérémie Oudin, précisant que les bons résultats «ne tombent pas du ciel, ils demandent du temps pour identifier les producteurs et davantage de manipulations de toute l’équipe de cuisine». Et, contrairement aux idées reçues, le coût de ses menus reste contenu, par exemple grâce à «la bonne qualité de la viande achetée localement, qui réduit moins à la cuisson». Le professionnel salue la diversité des produits labélisés qu’il peut commander sur la plateforme nationale d’annonces légales spécialisée dans l’achat de denrées alimentaires, Agrilocal. Un outil mis en avant par le Département qui a adhéré à cette association depuis 2021 facilitant les commandes directes auprès de producteurs du cru. Au-delà des exigences Bio et du renforcement des achats locaux, le Département va déployer un outil d’aide à la décision, baptisé Carboscore. Cette première en France vise à mesurer l’impact carbone des repas et du Nutriscore alors que la restauration scolaire représente «un levier significatif avec 6% des émissions totales de la collectivité» et s’est engagée à réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre à l’échéance 2030. Avec ce projet ambitieux, la Meuse compte bien démontrer que la ruralité n’est pas un frein à l’innovation et que la transition écologique peut aussi soutenir l’économie agricole locale.
Le but est que les jeunes aient bien mangé, prennent du plaisir avec le plus de produits frais possible