Portrait
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Jean-Luc Poncin : deux costumes, une même conviction

Élu en avril dernier président de la Communauté de communes du Pays de Revigny (Copary), Jean-Luc Poncin s’est fait un nom en Meuse comme gérant de la Brasserie coopérative de Nettancourt. Biberonné aux valeurs de l’éducation populaire, cet hyperactif a toujours préféré le collectif aux aventures solitaires. Alors que l’âge de la retraite approche, ce citoyen engagé n’a pas décidé de lever le pied mais se donne six ans pour agir et défendre ses convictions. 


Johann-Marin-Thiery- Jean-Luc Poncin a toujours eu la volonté de «donner du temps pour le bien commun».

Johann-Marin-Thiery- Jean-Luc Poncin a toujours eu la volonté de «donner du temps pour le bien commun».

Donner du temps pour le bien commun et mettre les mains dans le cambouis pour transformer la société. Voilà ce qui guide au quotidien Jean-Luc Poncin dans son engagement associatif et dans l’exercice électif, qui relèvent finalement tous deux d’une même logique. L’origine de ses convictions remonte à loin pour celui qui a exercé des responsabilités départementales, nationales puis européennes dans de grandes fédérations d’associations d’éducation populaire. C’est aussi ce qui a motivé ses premiers pas dans un conseil municipal, à l’époque à Villers-aux-Vents, petite commune rurale de 130 habitants. «Une liste s’est constituée non pas par opposition contre le maire sortant, mais par des personnes convaincues qu’une vision différente pouvait apporter de la vie au village». Chez cet homme de valeur, l’aventure a forcément plus de relief et plus d’impact lorsqu’elle est menée collectivement. En 2012, alors qu’il est directeur général de Martin Media depuis plus de dix ans (une PME en pleine croissance aux dix millions d’euros de CA), il prend un virage à 180 degrés et choisit de changer de vie, en se lançant dans une aventure entrepreneuriale. Mais pas sans filet. Après s’être formé à l’Institut français de brasserie et de malterie, il crée la Brasserie de Nettancourt, pour retrouver du sens. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il se tourne vers le statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIG). «Dès le début, il n’était pas question de plus-value mais de privilégier un modèle : une voix, un homme pour cet outil qui permet de rapprocher le producteur et le consommateur», explique-t-il, sans regretter son ancien costume. Il débute avec vingt-cinq associés contre soixante-cinq aujourd’hui et endosse le rôle qu’il affectionne plus particulièrement, celui d’animateur.

Un autre modèle possible

Le statut coopératif s’accompagne de décisions prises en assemblée générale avec un seul objectif : «assurer la pérennité et le développement raisonnable de l’entreprise» qui, dès le départ, s’est définie comme une «brasserie locale et artisanale» pouvant produire autour de 300 hectolitres de bières par an. Un cap auquel il n’a jamais dérogé, loin du développement à marche forcée. Véritable animateur de la filière, Jean-Luc Poncin a également contribué à la création d’un petit groupe de brasseurs par le biais d’une structure commune de distribution – Brassicoop – avec la volonté de rationaliser les stratégies commerciales et les livraisons. Et, comme il a toujours mille idées en tête, lorsqu’il a cherché des locaux plus grands et plus adaptés pour la Brasserie de Nettancourt et qu’il a posé ses valises dans un bâtiment surdimensionné de 500 m² à Revigny-sur-Ornain en 2019, il a saisi l’opportunité de créer avec trois autres associés une nouvelle structure baptisée Microbrasseurs, spécialisée dans la vente à distance de matériels aux amateurs de bières, professionnels ou particuliers. «On a trouvé un local et on a inversé la logique en se demandant comment faire pour que ce soit réalisable et rentable». Ce raisonnement se solde par une jolie réussite entrepreneuriale portée par le boom des microbrasseries et le retour du fait-maison qui a émergé lors de la crise sanitaire du Covid. Dans le même temps, lui, l’ancien professeur de mathématiques, continue de vouloir se former et transmettre grâce à une activité de consultant et de formateur en IA. Mais comment tout faire rentrer dans un agenda classique ? «C’est juste une question d’organisation», sourit-il, bien conscient de son goût pour les défis.

L’engagement politique et un calendrier précis

À l’heure où ses droits à la retraite approchent, l’entrepreneur passera prochainement la main. S’il est encore trop tôt pour évoquer un nom, qui sera officialisé en novembre prochain, le citoyen qu’il est se déclare «heureux» d’avoir contractualisé avec un acteur de l’économie sociale et solidaire du territoire. S’il restera dans la Brasserie le temps qu’il faut en 2027, à titre bénévole, ce passage de témoin explique aussi pourquoi il a décidé de s’engager politiquement, en prenant la présidence de la Copary. Une fonction qui demande du temps avec «un certain nombre d’enjeux à relever au niveau de la collectivité territoriale, que ce soient la transition écologique, la gestion de la ressource en eau et la protection des plus fragiles, qui sont les grands perdants de la transition écologique». Président certes, mais jamais seul, mettant en avant une équipe réduite d’élus surinvestis. S’il souhaite initier une réorganisation des services et porter une réflexion sur des problématiques qui ne sont pas de compétences communautaires – comme le scolaire –, c’est avec comme seule boussole le bien commun. Même si les futures décisions font grincer des dents, il a prévenu qu’il ne fera qu’un mandat. Le sous-texte est clair : il n’est pas là pour plaire, mais pour faire avancer les dossiers. Partisan non pas de l’efficacité mais de «la robustesse», Jean-Luc Poncin n’est pas toujours facile à suivre pour ses proches, mais lui sait exactement où il va. C’est bien l’essentiel.


On a inversé la logique en se demandant comment faire pour que ce soit réalisable et rentable