Dossier

Lunettes reconditionnées : une filière française en quête de changement d’échelle

Encadré depuis 2025 par une nouvelle réglementation, le reconditionnement des montures de lunettes veut désormais passer à l’échelle industrielle. Soutenue par les opticiens, les mutuelles et les acteurs de l’économie circulaire, la filière ambitionne de représenter 10% du marché de l’optique d’ici 2030, en misant sur l’accessibilité, la réduction des déchets et la relocalisation des savoir-faire.

Chaque année, entre 13 et 16 millions de paires de lunettes sont vendues en France, tandis que des millions de montures inutilisées restent dans les tiroirs. Pour les professionnels réunis fin mai à Paris à l’initiative de Lunettes de Zac, ce potentiel doit permettre de structurer une véritable filière française du réemploi. «Nous avons aujourd’hui une fenêtre historique pour faire émerger une véritable filière française de l’optique reconditionnée. Les consommateurs, les opticiens, les mutuelles, tout le monde est prêt. Maintenant, il faut transformer l’essai collectivement», estime Ophélie Vanbremeersch, fondatrice de Lunettes de Zac. Depuis 2019, l’entreprise lilloise collecte, contrôle et remet en état des montures. Elle prévoit de remettre 18 000 lunettes sur le marché en 2026.

Un levier d’accessibilité et d’économie circulaire

Le principal argument du reconditionné reste son prix : une monture de marque peut être proposée avec une décote de 60 à 70% par rapport au neuf. Pour les acteurs de la filière, ce modèle répond aussi aux enjeux d’accès aux soins visuels, en réduisant le reste à charge des patients. Les opticiens cherchent également à sécuriser leur intérêt économique. «Pour que le reconditionné se développe, il fallait que les opticiens y trouvent leur intérêt. Nous avons donc construit un modèle où leur marge est comparable à celle réalisée sur le neuf», explique Éric Plat, PDG d’Atol. Les réseaux mutualistes veulent eux aussi accélérer. Écouter Voir prévoit de proposer des montures reconditionnées de marques de luxe en magasin à partir de 35 euros. «À ce niveau de prix, l’accessibilité devient réelle», souligne Arthur Havis, directeur général de l’enseigne.

La filière demande un accompagnement public

Avec le décret du 17 mars 2025 et les textes publiés début 2026, le cadre réglementaire est désormais posé. Le défi est maintenant d’organiser la collecte, d’industrialiser le reconditionnement et d’intégrer ces équipements dans les parcours de soins. Les acteurs demandent notamment l’intégration des montures reconditionnées au dispositif 100% Santé, une TVA circulaire réduite, l’accélération de la labellisation des centres agréés et un soutien à une filière française de collecte et de réemploi. Pour les complémentaires santé, le reconditionnement est aussi un enjeu de souveraineté industrielle. «Les ruptures de chaînes d’approvisionnement nous rappellent qu’il est stratégique de pouvoir remettre en circulation, en France, des équipements de qualité», souligne Lionel Fournier, directeur Impact et Santé durable d’Harmonie Mutuelle. Avec son objectif de 10% du marché d’ici 2030, la filière veut désormais faire du reconditionnement un pilier d’une optique plus accessible, durable et locale.