S’appuyant sur le livre blanc publié par ses instances nationales, l’Union des entreprises de proximité (U2P) de l’Oise, par la voix de son président, Thierry Deshayes, appelle les candidats aux prochaines élections municipales à créer des conditions favorables au développement économique et à renforcer le dialogue avec les entrepreneurs locaux.
Pourquoi, en tant que président de l’U2P de l’Oise, avez-vous souhaité vous adresser aux candidats aux élections municipales ?
T. Deshayes : L’U2P est très ancrée dans les territoires. Nos adhérents sont des acteurs majeurs dans nos villes et villages. Il est donc naturel de vouloir interpeller les candidats, car la municipalité joue un rôle clé dans la réussite des petites entreprises. Fiscalité, économie, emploi ou commandes publiques : ce sont autant de sujets qui rythment notre quotidien et sur lesquels nos adhérents nous sollicitent régulièrement.
Le livre blanc de l’U2P révèle que 50 % des chefs d’entreprise de proximité ayant exprimé un avis estiment que leur mairie n’a pas agi en leur faveur. Cependant, 65 % comptent voter les 15 et 22 mars prochains…
T. Deshayes : Nous sommes des citoyens à part entière, pleinement impliqués dans la vie locale. Malgré une certaine déception, il existe une vraie volonté de s’engager et de faire entendre sa voix. Le principal regret de nos adhérents est surtout le manque de dialogue. Nous espérons que ces élections permettront de resserrer les liens entre entrepreneurs et collectivités. Un exemple concret : il y a quelques années, un maire a déplacé le marché où j’étais installé de 300 mètres. En quelques mois, la fréquentation a chuté. Il ne faut pas grand-chose pour déstabiliser des entreprises. Les candidats doivent prendre conscience que leurs décisions nous impactent directement.
Vous demandez donc à être davantage associés aux décisions locales ?
T. Deshayes : Oui. Certains maires prennent des décisions sans consulter les entreprises locales, avec des conséquences parfois catastrophiques. Travaux, aménagements urbains, stationnement… les entreprises devraient pouvoir être consultées. La revitalisation des centre-bourgs et centre-villes doit se faire collectivement. Instaurer un dialogue régulier, par exemple une réunion trimestrielle avec les commerçants, permettrait de résoudre facilement des problèmes concrets, comme la collecte des déchets et des cartons, qui entraîne souvent des PV pour les entreprises. La discussion et le bon sens suffisent souvent à trouver un accord.
Comment les collectivités peuvent-elles soutenir le développement des entreprises locales ?
T. Deshayes : Nous avons avant tout besoin de visibilité et de stabilité. Les collectivités peuvent en outre agir concrètement, en exonérant par exemple de cotisation foncière certaines petites entreprises ou en mettant en place des incitations fiscales à destinations d’activités commerciales, artisanales ou libérales dans des zones spécifiques. Elles peuvent également faciliter nos recrutements en favorisant la rencontre entre acteurs économiques et candidats, car beaucoup de secteurs souffrent d’un manque de personnel.
La commande publique peut-elle aussi constituer un levier pour les adhérents de l’U2P ?
T. Deshayes : Oui, mais il est essentiel que les délais de paiement soient raisonnables. Trop souvent, il faut attendre plusieurs mois pour être payé, alors que les entreprises doivent continuer à verser salaires, charges et frais liés à leurs prestations. Pourtant, la commande publique peut réellement faire la différence. Lors d’une cérémonie de vœux, j’ai constaté qu’une collectivité avait fait appel à dix acteurs de proximité ! Faire confiance aux entreprises locales renforce l’économie et l’attractivité des territoires. C’est bénéfique pour tous.
Propos recueillis par Diane La Phung, pour Aletheia Press