Au bout d'un chemin rocailleux bordé de carcasses de voitures, la maisonnette en bois de Ramona Velcu est surmontée d'un toit en tôle et entourée de plantes vertes. La "résorption" du bidonville projetée par la mairie interroge la jeune femme: "Partir oui, mais où?"
Entre 700 et 1.000 personnes, majoritairement Roms, habitent les quelques "hameaux" de la Prairie de Mauves, à l'est de Nantes, ensemble disparate de caravanes et de petites maisons faites de planches dépareillées, et où s'entassent pêle-mêle morceaux de bois et meubles abandonnés.
T-shirt rose, jupe pourpre, Ramona Velcu, 30 ans, y loge depuis "plusieurs années" avec son mari, ses trois enfants et ses beaux-parents.
"On nous a dit qu'on pouvait rester encore un peu. Ensuite, on attend de voir ce qui sera possible. Peut-être un terrain aménagé ?", se demande Ramona Velcu.
Dans l'optique de la "résorption" de ce bidonville et d'une réhabilitation future, un accompagnement en vue d'un relogement est proposé aux habitants. Un travail "sur le temps long", explique la mairie socialiste, et à ce jour sans délai déterminé.
Dans les alentours de Nantes, sept terrains dits d'"insertion temporaire" ont vu le jour ces dernières années, et d'autres sont à l'étude, avec des mobil-homes, des installations sanitaires et un accompagnement vers des solutions plus pérennes, explique Christophe Jouin, en charge à la métropole de la grande précarité.
Sec et propre
Ces projets suscitent cependant "très souvent" l'opposition des riverains, reconnait l'élu.
A Sainte-Luce-sur-Loire, le terrain d'insertion créé en 2009 s'est finalement ancré dans le paysage. Elena Raducan, 40 ans, y habite un mobil-home "sec et propre" avec ses deux enfants de 9 et 13 ans, scolarisés dans la commune. Une machine à laver tourne à l'extérieur de sa maisonnette.
"J'ai habité sur un terrain où il n'y avait pas d'eau, c'était dur. Ici il y a une cuisine, une salle de bain. Si un jour le terrain ferme, on verra bien", raconte Elena Raducan, t-shirt noir à strass et boucles d'oreilles dorées.
Si elle aimerait à terme intégrer un logement social, certains habitants disent préférer continuer à habiter en communauté.
"Il ne faut peut-être pas rester sur une vision trop classique en se disant que l'aboutissement final doit être le logement social: certains ne s'inscrivent pas dans ce parcours-là et il faut aussi l'entendre", affirme Olivier Chateau, adjoint de la ville en charge de la résorption des bidonvilles.
Environ 3.500 personnes vivent sur une soixantaine de sites autour de Nantes, selon la Dihal (délégation interministérielle à l'hébergement et à l'accès au logement), faisant de la Loire-Atlantique le deuxième département métropolitain le plus concerné derrière la Seine-Saint-Denis.
Expulser n'est pas résorber
Non loin des rails de la ligne Nantes-Angers, les masures du bidonville du Moulin des Marées sont en partie démontées, le site jonché de morceaux de bois et de meubles renversés. Un homme et un petit garçon enjambent les blocs de béton installés à l'entrée pour y récupérer quelques bidons.
Le site a été évacué au mois d'août par la préfecture, sur exécution d'une décision de justice.
Une expulsion menée "dans un cadre très particulier", défend Olivier Chateau, évoquant l'"impossibilité d'y mener le travail social nécessaire", la cohabitation "extrêmement difficile" avec les riverains et des cas de "violences" sur les deux terrains concernés.
"Ca ne change rien à notre doctrine, qui est la résorption: expulser n'est pas résorber", assure l'élu.
Les évacuations ont été à la fois critiquées par la droite locale, qui dénonce une politique du "coup par coup" et par les Insoumis nantais, déplorant une "errance" organisée.
Philippe Barbo, de l'association d'accompagnement des familles roms Roata, regrette de son côté "l'ineptie des expulsions sans solution de relogement".
Car plusieurs ménages expulsés se sont dirigés vers un terrain situé à quelques centaines de mètres.
Radica, 12 ans, et ses parents, qui eux ne parlent pas français, viennent de s'installer. "Quand ils sont venus, on a pris les affaires et on est arrivés ici", explique la jeune fille, qui ajoute: "On verra bien si on reste."