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Pas-de-Calais: au procès de Jérôme P., une "secte" familiale décortiquée

"Une secte": au procès d'un quadragénaire jugé devant la cour criminelle du Pas-de-Calais pour viols et violences sur fond d'emprise, des témoins ont dressé lundi le portrait terrifiant d'une famille coutumière de la...
Le fronton du palais de justice de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais le 20 juin 2016 © PHILIPPE HUGUEN

Le fronton du palais de justice de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais le 20 juin 2016 © PHILIPPE HUGUEN

"Une secte": au procès d'un quadragénaire jugé devant la cour criminelle du Pas-de-Calais pour viols et violences sur fond d'emprise, des témoins ont dressé lundi le portrait terrifiant d'une famille coutumière de la polygamie et où le viol est "accepté".

Cette famille, "ce sont des personnes qui sont violentes, très impressionnantes, qui manipulent. C'est pour moi une secte", commence à la barre Christelle, ex-compagne de Joël, frère aîné de l'accusé.

Cheveux grisonnants et lunettes de vue sur le nez, Jérôme P., 45 ans, est jugé jusqu'à jeudi à Saint-Omer pour viols sur l'une de ses compagnes et pour violences intrafamiliales. Il encourt vingt ans de réclusion criminelle.

Entendue comme témoin, Christelle s'est séparée en 2018 de Joël, aujourd'hui en détention provisoire pour viols, prostitution et violences.

Avec une autre femme, ils ont formé un ménage à trois pendant 18 ans, affirme-t-elle. "C'est la coutume d'avoir plusieurs femmes" chez les hommes de cette famille, marquée par "beaucoup de violences", explique-t-elle.

Christelle assure aussi avoir vu l'accusé frapper, à coups de poing et de pied, Jennifer C., son ex-compagne qui a déposé plainte contre lui en 2022.

"C'était au cours d'un anniversaire à mes dix ans que j'ai compris qu'un couple normal, c'était un homme et une seule femme", a expliqué la fille aînée de l'accusé lors d'une audition en 2022 citée par la présidente de la cour.

Nez cassés

Lundi après-midi, l'un des gendarmes qui ont été en charge de l'enquête a évoqué des échanges, obtenus par des écoutes téléphoniques, lors desquels Jérôme P. et certains de ses proches évoquaient le fait qu'il ait cassé le nez des deux autres femmes qui vivaient sous son toit.

"Dans la famille P., le viol est quelque chose d'accepté, établi", selon ce gendarme, se référant à plusieurs témoignages.

À l'inverse, le fils de Jérôme P. et de Jennifer C., aujourd'hui âgé de 16 ans, défend son père: voir ce dernier dans son box lui donne envie de "le serrer dans (ses) bras". Lui accuse au contraire sa mère de l'avoir frappé dès sa "plus tendre enfance".

"Vu de l'extérieur, le fonctionnement de mon domicile pouvait paraître un peu bizarre", a concédé lundi l'accusé, chauffeur routier de profession, qui vivait du RSA au moment de sa mise en examen. Il a en revanche refusé de reconnaître quelque violence que ce soit de sa part.

Lors de son dépôt de plainte, Jennifer C. avait décrit aux gendarmes l'emprise, la surveillance constante, les viols et les coups portés par son conjoint, avec qui elle a eu trois enfants.

Depuis le début des années 2000, le couple partageait son foyer avec deux autres femmes, également compagnes de l'accusé d'après plusieurs proches.

Celles-ci ont continué à soutenir Jérôme P. durant l'instruction. Des expertises psychologiques citées lundi par la présidente de la cour ont souligné leur "situation d'emprise relationnelle" et leur "dépendance".

En couple à 12 ans

Selon des membres du foyer et de l'entourage, les trois compagnes de Jérôme P. étaient privées de vie sociale, n'avaient que rarement le droit de travailler et n'avaient pas accès librement à leurs cartes bancaires.

Chacune des trois femmes vivant avec l'accusé n'a travaillé que quelques mois en vingt ans au sein du foyer, selon le gendarme. Et elles évitaient de travailler en compagnie d'hommes, selon lui.

Dans un courrier écrit par Jérôme P. à l'attention de sa plus jeune compagne, saisi par les enquêteurs et cité lundi au procès, l'accusé mentionne que celle-ci avait huit ans lors de leur premier "bisou", et qu'ils se sont mis en couple quand elle en avait douze.

Dans la maison, des caméras de surveillance étaient placées dans plusieurs pièces. "Ces caméras avaient un but précis" celui "de vérifier ce que les femmes de la maison faisaient", a assuré à la barre un autre adjudant de gendarmerie, qui fut en charge de l'enquête préliminaire.

Un logiciel de géolocalisation permettait aussi de tracer les téléphones.

Un autre frère de Jérôme P. s'est suicidé en 2024 alors qu'il était placé en détention provisoire, mis en examen pour viols incestueux et viols sur conjoint.