«Aller au travail, quand on commence à 5heures du matin, ce n'est pas toujours facile et cela nécessite souvent d'avoir une voiture», constate, ce 7 mai Fanny Hamel, gérante de la plateforme havraise de mobilité ODD / MAD. Or, l'achat et l'entretien d'une voiture nécessitent un budget que n'ont pas toujours les personnes précarisées. «Nous sommes là pour apporter des solutions, poursuit Fanny Hamel. Et pour les faire connaître, nous organisons une journée porte ouverte la Journée Mécamobile aujourd'hui».
Ainsi devant les locaux de ODD-Normandie (Otherworld développement Durable), est stationné le mécamobile, le fourgon de l'association qui sillonne les routes pour proposer un diagnostic automobile. Toute la journée, il est possible de faire un bilan sur sa voiture gratuitement par le mécanicien bénévole de la structure. Ce bilan est aussi l'occasion de présenter l'ensemble des services solidaires proposés : navettes de transport à la demande, location de véhicules, réparations et même apprentissage de la conduite avec l'auto-école de MAD (Mobilité associative durable).
Un tour de France
En parallèle de ses services, la plateforme ODD-MAD emploie actuellement 17 personnes en insertion, encadrées par cinq salariés. Jeunes en décrochage scolaire, personnes en situation de handicap, personnes étrangères parlant difficilement le Français… les profils accueillis sont variés. Au-delà de la transmission de compétences, l'approche relationnelle est essentielle. «Je ne peux pas lâcher ces gosses», glisse avec émotion et tendresse, Jean-Marc Volf, mécanicien bénévole de la plateforme.
Ainsi l'homme de 64 ans veille, dès que cela lui est possible, à aider ses protégés à trouver ensuite un emploi en activant son réseau. De la même façon, Fanny Hamel n'hésite pas, si nécessaire, à contacter un entrepreneur pour aplanir un problème de transport d'un salarié qui a fait appel à elle. «Il faut veiller à proposer des solutions pour ne pas effrayer mais cela se passe bien en général», résume-t-elle.
Une précarité qui s'accentue
Mais dans un contexte économique et géopolitique tendu, la cheffe d'entreprise ressent une accentuation de la précarité. «En 2025, nous avons effectué 800 réparations. Mais 15% des gens qui ont demandé un devis n'ont pas donné suite, le plus souvent par manque de moyens», se désole-t-elle. L'avenir de la plateforme est également un sujet d'interrogation. «Les budgets publics diminuent, nos usagers ont de plus en plus de mal à payer le reste à charge…», reconnait Fanny Hamel.
Des inquiétudes partagées par Agil'ess, le réseau dont ODD fait partie et qui regroupe une cinquantaine de garages et loueurs solidaires. «Nous voyons de plus en plus de structures en difficultés qui ferment pour ces raisons», appuie Marie Semnont, chargée de communication et de partenariat chez Agil'ess.
Si le réseau tire la sonnette d'alarme au niveau national, l'État semble faire la sourde oreille. Loin d'être fatalistes, les deux responsables veulent croire en l'avenir. «Nous nous tournons aussi vers les entreprises pour qui la RSE est un vrai sujet», glisse Fanny Hamel qui propose un service de nettoyage et d'entretien des parcs de véhicules. «Le mécénat est aussi une autre voie, à l'image du soutien de la fondation Faurecia Forvia», rebondit Marie Semnont.
Pour Aletheia Press, Laetitia Brémont