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Procès Paty: le ministre de l'Education annonce saisir le bâtonnier de Paris

Le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, a annoncé vendredi sur RMC saisir le bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris pour déterminer si l'avocat du prédicateur Abdelhakim Sefrioui, Me Francis Vuillemin, avait failli à la...
Le ministre de l'Education Edouard Geffray à Paris le 30 avril 2026 © STEPHANE DE SAKUTIN

Le ministre de l'Education Edouard Geffray à Paris le 30 avril 2026 © STEPHANE DE SAKUTIN

Le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, a annoncé vendredi sur RMC saisir le bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris pour déterminer si l'avocat du prédicateur Abdelhakim Sefrioui, Me Francis Vuillemin, avait failli à la déontologie en "salissant" la mémoire de Samuel Paty.

"Il y a un tabou, on n'a pas le droit de le dire. (Samuel Paty) procédait à la discrimination des élèves musulmans", avait déclaré l'avocat à la presse, avant l'ouverture le 26 janvier du procès sur l'assassinat en 2020 du professeur d'histoire-géographie, près de son collège des Yvelines, par un jihadiste tchétchène qui avait été abattu par la police qu'il menaçait. Cette déclaration avait suscité un tollé.

Ces propos sont un manquement déontologique au "devoir de délicatesse et de courtoisie, de mémoire, de modération" et ont été tenus "à l'extérieur du prétoire", a dénoncé Edouard Geffray, qui a indiqué avoir "souhaité saisir le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris".

En cas de saisine, "le ministère serait informé des suites données à cette réclamation", a réagi auprès de l'AFP l'Ordre, suggérant qu'elle n'était pas encore intervenue. Si cela devait être le cas, elle donnera lieu "à l'ouverture d'un dossier au sein (des) commissions déontologiques" de l'Ordre et fera "l'objet d'un examen attentif", selon les services du bâtonnier.

Abdelhakim Sefrioui avait été condamné début mars à quinze ans de réclusion criminelle par la cour d'assises spéciale d'appel de Paris pour avoir "préparé" les conditions "d'une infraction terroriste" en menant une cabale conclue par l'assassinat de Samuel Paty, même s'il n'avait jamais été en contact avec l'assassin et n'avait pas eu connaissance de son projet criminel.

Il s'est pourvu en cassation, sa défense estimant que sa condamnation marquait une extension inédite et excessive de l'association de malfaiteurs terroriste.

Ma sérénité est impériale

Au moment du procès, "le bâtonnier Louis Degos a déclaré publiquement ne voir aucune infraction. Ma sérénité est impériale", a de son côté réagi auprès de l'AFP Me Vuillemin. "C'est un pauvre coup de +com'+ du ministre qui connaît le dossier et sait autant que moi combien le cours de Samuel Paty était bancal et discriminant", a insisté Me Vuillemin. 

L'Ordre "sait parfaitement que mes déclarations, appuyées par un dossier, s'inscrivaient dans le strict exercice des droits de la défense, même hors prétoire", selon l'avocat qui a aussi dénoncé "un empiètement du ministre sur le judiciaire et une atteinte à la séparation des pouvoirs, l'affaire n'étant pas définitivement jugée puisqu'il y a un pourvoi en cassation".

Edouard Geffray a également jugé "d'intérêt public" le film "L'Abandon" sur les dix jours précédant l'assassinat, même s'il ne fallait pas "obliger les professeurs à le voir, ni les élèves". "C'est à chaque professeur de voir s'il le souhaite", a-t-il encore dit, ajoutant qu'un dossier pédagogique serait mis "à disposition (de ceux) qui le souhaiteraient".

Un autre avocat d'Abdelhakim Sefrioui, Me Vincent Brengarth, a dénoncé "une démarche totalement opportuniste" du ministre, "intervenant en marge de la promotion d'un film, des mois après le procès". "Difficile d'y voir autre chose qu'un contrefeu face à ce qui devrait être au centre de l'attention, soit le rôle de l'Etat" et sa responsabilité dans l'enchaînement des événements ayant précédé l'assassinat du professeur.

Me Vuillemin a de son côté fustigé un "film révisionniste de propagande d'extrême droite".