L’imposante gaine de traitement d’air est posée délicatement et attend sagement d’être installée au cœur d’un vaste chantier réalisé en un temps quasi-record, à peine six mois, vu la spécificité et la complexité technique de l’usine atypique qui est en train de prendre place sur l’ancienne friche industrielle du géant des meubles Atlas le long de l’A31 à Gondreville.
Le ferraillage de l’imposante dalle de béton assure son renforcement, tandis que des micropieux, ancrés pour certains à près de 18 mètres de profondeur, accueilleront à terme près de 130 tonnes de matériel.
Sur les quelque 7 500 m² du site, 5 000 m² vont accueillir l’usine de la société Protherium, dédiée à la fabrication de médicaments radiopharmaceutiques à destination des thérapies de médecine nucléaire pour lutter contre les cancers.
«En avril prochain, deux modules seront livrés à nos premiers clients. Les enceintes blindées, composantes phares du process, seront installées dès le mois de décembre prochain».
Au cœur du futur complexe industriel en construction en ce début d’octobre, le médecin spécialiste en médecine nucléaire Gilles Karcher, cofondateur et président du conseil d’administration de la société Protherium, voit là l’aboutissement d’un vaste projet lancé il y a une vingtaine d’années.
Des contraintes nucléaires et pharmaceutiques
Avec deux acolytes, experts en radiopharmacie, Richard Zimmermann et Jean-Bernard Deloye, il est à l’origine du GIE (Groupement d’intérêt économique) Nancyclotep regroupant l’Université de Lorraine, le CHRU de Nancy et la société Positif spécialisée dans la recherche fondamentale et les essais cliniques en médecine nucléaire.
«Aujourd’hui, nous touchons réellement du doigt ce que nous souhaitions mener : déployer à grande échelle la production de médicaments de médecine nucléaire pour répondre à une demande croissante en radiopharmacie. Les thérapies radiopharmaceutiques sont un segment stratégique en matière de médecine nucléaire. La plupart d’entre elles sont développées par des entreprises non européennes ; avec notre alternative, nous assurerons une certaine souveraineté en la matière».
Réseau de cinq usines
Une souveraineté industrielle version médecine nucléaire. Le programme coche toutes les cases de la politique étatique menée en la matière. Avec le soutien de plusieurs partenaires, dont en première ligne la Métropole du Grand Nancy (époque André Rossinot), l’aventure médicale et de recherche s’additionne à un volet industriel, point d’orgue de l’écosystème de médecine nucléaire du territoire. Cet écosystème affichera, d’ailleurs, à la fin de ce mois de novembre, une identité de marque : Nancydium.
Pour Protherium, les financements (publics et privés) suivent et une récente levée de fonds de 15 millions d’euros, avec la participation d’ILP Group, de Bpifrance, d’un pool bancaire et d’investisseurs privés, permettent d’accélérer la construction du site de Gondreville mais également d’autres unités en Europe.
«Au total, c’est un réseau de cinq usines notamment en Belgique, en Allemagne mais également en Grande-Bretagne et en Europe du Nord qui est développé». Un maillage à l’échelle européenne pour répondre aux besoins croissants.
«Ce marché est en pleine expansion. Le développement de la radiothérapie interne ciblée connaît une accélération très nette. Protherium va donner la possibilité de produire en Europe et permettra à ces thérapies radiopharmaceutiques innovantes de bénéficier au plus vite aux patients», expliquait Jean-Bernard Deloye, cofondateur et directeur général de la société lors de la levée de fonds.
À l’heure actuelle, le déploiement à grande échelle de cette typologie de médicaments se heurte à l’approvisionnement en isotopes et aux limites des capacités industrielles.
Protherium entend lever ces freins. À Gondreville, passé les contrôles réglementaires de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), les premières productions pourront alors commencer dans les deux premiers modules annoncés. En attendant les autres qui devraient arriver rapidement du fait de la viabilité du process et de son aspect plus que salvateur à tous les niveaux !
Nancydium bientôt lancé
La médecine nucléaire, filière d’excellence sur le territoire grand-nancéien et lorrain ! Histoire de permettre une identification forte de cet écosystème regroupant centres de recherche, industriels, universitaires et centres hospitaliers, une identité de marque sera lancée à la fin du mois. Nom de code : Nancydium.