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Recrutement des cadres : un rebond prudent attendu en 2026

Avec 305 800 embauches attendues en 2026, le marché de l’emploi cadre pourrait retrouver une dynamique positive après deux années de recul. Mais cette reprise annoncée reste mesurée et suspendue à une conjoncture toujours incertaine.


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« L’emploi cadre est repassé sous la barre des 300 000 recrutements en 2025 », résume Laetitia Niaudeau, directrice générale de l’Apec. Selon l’association, le marché de l’emploi cadre s’est encore replié en 2025, avec des embauches en baisse de 3 % sur un an et de 11 % depuis 2023. Cette tendance s’explique par une conjoncture économique dégradée, marquée par une croissance atone, des investissements en berne et des tensions sur le commerce mondial. L’Association pour l’emploi des cadres voit bien « les premiers signes d’amélioration », mais prévient aussitôt : « cette reprise reste à ce stade fragile et dépendante de l’évolution du contexte économique et géopolitique. Une dose d’incertitudes pèse sur les perspectives pour 2026 ». L’Apec décrit un marché qui résiste, sans retrouver de véritable dynamisme. En 2025, la croissance française est restée molle, l’investissement des entreprises a à peine rebondi et l’emploi salarié privé a encore reculé. Or, rappelle l’Apec, l’investissement est un moteur direct de l’emploi cadre : quand les entreprises freinent leurs projets, elles freinent aussi leurs embauches. Ce coup de frein a d’abord touché les activités qui tirent habituellement le marché.

Les activités informatiques et l’ingénierie particulièrement touchées

Les services à forte valeur ajoutée, c’est-à-dire l’informatique, l’ingénierie-R&D, le conseil, la banque-assurance ou encore la communication, ont encore reculé de 5 % en 2025. Sur deux ans, la baisse atteint même 15 %. L’informatique, qui reste le premier vivier de recrutements cadres, accuse à elle seule un recul de 21 % depuis 2023. L’ingénierie-R&D cède 11 % sur la période. Le conseil décroche lui aussi nettement. « Si la baisse que nous observons est moins prononcée qu’en 2024, elle est particulièrement marquée dans les services à forte valeur ajoutée », souligne Hélène Garner, directrice des données et des études de l’Apec.

Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. La construction, « tirée par la construction neuve » montre quelques signes d’amélioration, avec une progression de 3 % en 2025. « Les autres services –services aux entreprises, hôtellerie-restauration, transport– ont aussi mieux résisté portés par les métiers de la santé et de l’action sociale. A l’inverse, l’industrie (-5%) n’a pas joué le rôle d’amortisseur espéré, même si l’aéronautique, l’énergie et la défense ont mieux tenu que les activités manufacturières ou l’automobile", compare Hélène Garner.

Et des contrastes régionaux persistants

Le contraste territorial reste lui aussi marqué. Sur un an, la moitié des régions ont vu leurs recrutements se stabiliser ou progresser en 2025, notamment la Nouvelle-Aquitaine, la Bretagne, l’Occitanie ou le Centre-Val de Loire. Mais le recul demeure général par rapport à 2023. L’Île-de-France, qui concentre près de la moitié des recrutements cadres, recule encore nettement sur deux ans, pénalisée par sa forte exposition à l’informatique, au conseil et à l’ingénierie-R&D. La Normandie, les Hauts-de-France et la Provence-Alpes-Côte d’Azur figurent aussi parmi les régions les plus en retrait.

Autre enseignement fort du baromètre* : les jeunes cadres restent les plus exposés. Les embauches de profils ayant cinq ans d’expérience ou moins ont encore baissé de 5 % en 2025 et de 13 % sur deux ans. Les entreprises continuent de privilégier les cadres disposant déjà de six à dix ans d’expérience, jugés plus rapidement opérationnels. Pour Hélène Garner, c’est un « signal de vigilance », rappelant ainsi que les jeunes sont presque toujours les premiers touchés dans les phases de retournement, même s’ils sont aussi les premiers à profiter d’un redémarrage quand il se confirme.

305 800 embauches prévues en 2026, soit + 4 %

Selon l’Apec, les recrutements de cadres devraient renouer avec la hausse en 2026, pour atteindre 305 800 embauches, soit une progression de 4 %. « On pourrait retrouver en 2026 une croissance standard des recrutements de cadres, mais qui ne nous permette pas de retrouver les niveaux antérieurs » signale Laetitia Niaudeau. L’association table ainsi sur un redressement modéré, porté d’abord par les services à forte valeur ajoutée, attendus en hausse de 6 %. L’informatique repartirait de 5 %, l’ingénierie-R&D de 7 %, le conseil de 6 % et la banque-assurance de 9 %. L’industrie et la construction progresseraient de 3 %, tandis que le commerce resterait orienté à la baisse(-2%).

En région, l’Occitanie ferait figure de locomotive, portée par l’aéronautique, avec une hausse attendue de 6 %. L’Île-de-France et les Pays de la Loire suivraient avec +5 %. Laetitia Niaudeau appelle toutefois à la prudence : ces prévisions dépendent encore de nombreux aléas, en particulier de la durée et de l’intensité de la guerre au Moyen-Orient et de ses effets sur les prix de l’énergie. « Le niveau de la hausse est à affiner pendant l’année ». L’enquête a été réalisée avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Si le conflit devait durer et raviver les tensions sur l’énergie, l’inflation ou les taux, l’embellie pourrait être compromise.

 * Etude réalisée auprès de 8100 entreprises entre le 12 novembre 2025 et le 30 janvier 2026