Interview

Recyclage de mégots : TchaoMegot accélère depuis Bresles

TchaoMegot, lancé en 2020 à Bresles, est spécialisée dans la collecte, la dépollution et le recyclage des mégots de cigarette sans utilisation d'eau. Il y a quelques mois, la start-up franchissait le pas de l’industrialisation et lance désormais trois usines. Son dirigeant et fondateur, Julien Paques, fait le point sur les cinq premières années de la start-up et ses projets d’expansion.


Vous avez franchi le cap de l’industrialisation en 2025, quel est votre premier bilan 

Julien Paques : Nous avons obtenu toutes les autorisations préfectorales en juillet 2024 qui autorisent à traiter 300 tonnes. Les machines sont ensuite arrivées. Comme nous sommes sur des process très spécifiques, il a fallu pratiquement douze mois pour les réglages. Le temps que les commandes arrivent, nous sommes à plein régime depuis un peu moins d’un an. Soutenue par un investissement de 5,3 millions d’euros, l’unité de recyclage a traité jusqu’à 45 tonnes de mégots l’an dernier. Le volume devrait atteindre 90 tonnes dès cette année, avec un objectif de pleine capacité d’ici trois ans.

Votre activité ne repose pas uniquement sur le traitement des mégots…

Nos 33 salariés se répartissent sur trois métiers distincts. Tout d’abord, nous distribuons les cendriers nécessaires à la collecte de mégots, puis nous les collectons une fois pleins. C’est le volet commerce et logistique. Ensuite, vient la phase de dépollution, un métier industriel très technique. Enfin, nous transformons en fibre recyclée et en matériaux isolants acoustiques. Pour fabriquer des isolants thermiques, il faut répondre aux normes régissant le secteur du bâtiment. C’est très coûteux et nous sommes pour l’instant encore trop petits pour le faire. Ces trois métiers sont entièrement intégrés dans l’entreprise car, pour l’instant, le coût de la phase de dépollution n’est pas couvert par la vente des produits recyclés.

Comment évolue votre chiffre d’affaires ?

Sur l’exercice 2024-2025, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 3,9 millions d’euros. Plusieurs projets en cours pourraient nous permettre d’atteindre, s’ils se concrétisent, un objectif de 5,5 millions d’euros. Quand le site de Bresles sera saturé, le chiffre d’affaires devrait se situer entre 11 et 15 millions d’euros. Pour illustrer concrètement cette évolution, tous les ans, nous multiplions par deux le nombre de cendriers distribués.

De quoi vous faire envisager d’autres usines en France ?

Il faut compter deux ans pour mettre en service une usine. Nous lançons donc les démarches pour trois sites en France afin qu’ils soient opérationnels avant la saturation de Bresles. Nous étudions des implantations sur les axes Angers-Nantes, Toulouse-Montpellier et Nancy-Strasbourg, où nous collaborons déjà avec des collectivités. Une quatrième unité vers Grenoble est envisagée, mais nous ne voulons surtout pas griller les étapes au risque de fragiliser l’entreprise. Bien que nous collections déjà sur tout le territoire, l'objectif est de limiter chaque site à un rayon de 300 km pour respecter une logique environnementale.

Comment prévoyez-vous de financer ces usines ?

Pour financer ce déploiement, nous comptons sur notre capacité d’autofinancement tout en réfléchissant à une levée de fonds pour accélérer la cadence, tout en restant majoritaires. Cette ambition dépasse nos frontières : des pays comme l’Allemagne et la Suède, dotés de modèles de recyclage avancés, nous ont déjà contactés. Ces perspectives européennes représentent des conditions idéales pour booster notre innovation.

On estime que 20 000 à 25 000 tonnes de mégots sont jetées chaque année en France. Quels sont vos atouts et vos freins dans ce marché ?

Notre avantage concurrentiel repose sur un procédé sans eau, un atout industriel et environnemental majeur. Notre principal frein, aujourd’hui, tient à l’absence de soutien financier direct de l’éco-organisme Alcome, financé par les industriels du tabac. Si nos cendriers sont désormais référencés, Alcome privilégie des dispositifs moins coûteux comme l’incinération ou l’enfouissement, conformément à un cahier des charges rédigé en 2020. Nous attendons la révision réglementaire de 2027 pour devenir un partenaire à part entière et intégrer enfin le recyclage au cœur de la filière.

Pour Aletheia Press, Laetitia Brémont