Inventer un métier. C’est le nouveau défi de Sandrine Georg, lauréate 2026 du concours des 101 femmes entrepreneures pour le Département de la Meuse. Son choix s’est porté sur celui de «facilitateur immobilier territorial» (FIT). Le point de départ de cette aventure entrepreneuriale vient d’un constat de lacune opérationnelle sur le terrain : l’absence d’un maillon de proximité pour vérifier les données puis tenter de trouver une solution. Alors que le nombre de logements vacants s’élèvent à 8% au niveau national ; en zone rurale, ces chiffres ont tendance à être encore plus élevés et atteignent 12% en Meuse. Pour faire avancer les dossiers, l’entrepreneure mise sur un profil hybride jusqu’ici manquant. Son idée est que le facilitateur agisse «comme tiers de confiance neutre, non commercial, pour coordonner, orienter et accompagner les propriétaires et les collectivités, particulièrement les plus petites, sous-dotées en ingénierie. L’enjeu est de débloquer les situations complexes», explique-t-elle. Et pour cause, les données Lovac, qui recensent et caractérisent les logements vacants du parc privé en France, ne sont pas toujours fiables, faute de suivi ou d’identification des propriétaires. En avril, Sandrine Georg s’est donc lancée en créant son association FIT pour entrer en contact avec les collectivités. Triaucourt, Vacherauville et Marre ont été les premières à accepter son intervention.
Premiers tests et premiers résultats
Si trente situations de vacance ont été d’abord identifiées, les premiers résultats ne se sont pas fait attendre. En moins de trois mois, une photographie a été prise sur ces territoires : douze logements n’en relevaient finalement pas. En revanche, dix-huit cas ont été accompagnés : un a été solutionné, quatre débloqués grâce à la reprise des travaux aidés par l’Anah, quatre autres sont en cours d’accompagnement. Depuis octobre, une nouvelle mission vient de démarrer à Montiers-sur-Saulx. Après cette première phase, la dirigeante souhaite dès 2027 couvrir entre quinze et trente communes en Meuse. Déjà secondée par un facilitateur, elle envisage d’en recruter un second qui aura le statut d’auto-entrepreneur puis de le former. Le modèle économique vise à s’appuyer sur des conventions portées par l’association qui met en avant une action de service public. Une charte de neutralité est d’ailleurs prévue pour que tous les facilitateurs partagent les mêmes valeurs que l’entrepreneure. «Je ne vends rien, je ne suis pas là pour faire de l’argent mais pour débloquer des situations», confie cette femme de conviction qui a évolué pendant plus de deux décennies dans l’immobilier. Aujourd’hui, c’est sa quête de sens qui prime. Propriétaire d’une maison près de Commercy et mettant en avant ses racines meusiennes, celle qui a passé sa vie à enchaîner les missions en Île-de-France, à Toulouse, à La Réunion ou aux États-Unis, porte également une ambition nationale. «À chaque territoire ses spécificités, tout l’enjeu est de s’adapter aux différents contextes», prévient-elle alors qu’elle pourrait prochainement proposer ses services à Menton où la vacance est liée à un surinvestissement Airbnb. «Dans l’immobilier, je voyais immédiatement le potentiel d’un bien laissé à l’abandon pour en faire une pépite». C’est cette même envie qui la mobilise dans ce projet qu’elle espère «fédérateur et innovant».
Un tiers de confiance neutre, pour coordonner, orienter et accompagner
L’effet levier en Meuse
«L’association pourrait apporter une plus-value», estime Valérie Woitier, vice-présidente du Département de la Meuse, en charge de l’Habitat, appelant à la prudence : «En Meuse, on ne peut être sur une politique de remise sur le marché de toute la vacance, ce ne serait pas raisonnable». L’enjeu est de prioriser les territoires en tension. Une réflexion est engagée avec les maires alors que le Département s’apprête à voter, avant la fin de l’année, son nouveau règlement financier à l’habitat pour créer «un effet levier» avec une enveloppe autonome pour aider les collectivités ou les acteurs privés qui ont des projets.