Portrait
Artisan safranier

Safran des Payoux : l’or rouge vosgien aux racines paysannes

Depuis dix-sept ans, Richard Thiery cultive avec passion, dans les Vosges, la fleur de safran avec la volonté de redonner ses lettres de noblesse à cette plante rustique et exigeante. Ce pionnier qui a fait le choix d’une approche artisanale et paysanne privilégie l’aromatique de l’épice aussi rare qu’exceptionnelle. 

Un retour aux sources pour le safran qui était cultivé partout en France et notamment en Alsace ou dans la Creuse entre le XIe et XVIe siècle. En 2009, Richard Thiery fait partie des pionniers à croire au potentiel de cette épice rare en s’installant d’abord à Plombières-les-Bains avant de poser définitivement ses valises en 2021, au Clerjus, après avoir acquis une ferme et deux parcelles de 2 500 m². Porté par l’influence d’un père cuisinier et d’un grand-père amateur d’horticulture, ce passionné inscrit sa pratique inspirée de méthodes anciennes dans la culture en prairie, privilégiant une résilience agronomique. Alors que 80% de la végétation ambiante s’épanouit dès le printemps, le safran, au contraire, passe son été à dormir avant de se réveiller quand la fraîcheur de la rentrée s’invite, à la nuit tombée. Planté généralement en août sur des terrains drainants bien exposés au soleil, le bulbe nécessite, pour se développer, un climat tempéré, avec des variations importantes – de l’ordre de 40 degrés – entre l’hiver et l’été, mais aussi un peu de pluie en mars et septembre. En 2026, toutes les conditions sont réunies pour une récolte exceptionnelle qui s’étend sur quatre semaines à compter de la mi-octobre. La cueillette se pratique uniquement à la main pour ces fleurs violettes délicates qui sont ensuite émondées, toujours manuellement, pour en extraire les trois précieux filaments rouges. La qualité dépend non pas du terroir mais du séchage. 


Approche artisanale


Le passionné vosgien le sait et a opté pour un environnement naturel à température ambiante préservant le bouquet et la puissance aromatique, conditions sine qua non pour un rendement d’usage maximal. Un gramme de son safran permet d’ailleurs d’alimenter près de 120 assiettes, ce qui n’est pas le cas pour la majorité de la production mondiale séchée au four à 60 degrés, en vingt minutes chrono. Cette approche artisanale s’inscrit dans un engagement paysan affirmé, mais synonyme d’un coût de production XXL. Alors que la vente exclusive de safran brut s’avère insuffisante, l’artisan a misé sur une gamme gourmande inspirée de son héritage culinaire paternel: sablés, miel, fleur de sel ou encore soupes, tous safranés. Il a également développé des collaborations avec des producteurs locaux pour proposer des pâtes, des escargots et des bières au safran… Autant de pépites 100% vosgiennes à déguster tout au long de l’année.