«Vous est-il déjà arrivé de vouloir parler à quelqu’un, sans y parvenir ?» C’est par cette question qu’Anne Coquet s'est présentée, le 20 mars au matin, à Créamanche, à Saint-Léonard. Une entrée en matière habile pour détourner l’exercice de présentation réservé aux nouveaux arrivants de cette pépinière d’entreprises du Boulonnais. Comme Clément et Martin Delattre, intronisés le même jour, elle a ensuite répondu aux questions des autres pensionnaires.
Si Anne Coquet s’est permis ce tour de table d’interrogations plutôt personnelles, c’est parce que son job consiste à y répondre. «Les émotions proviennent de dispositifs biologiques. À partir du moment où l’on comprend cette mécanique, on peut les apprivoiser», confie la formatrice de 58 ans. Celle-ci accompagne les entreprises et les particuliers dans le développement de leurs compétences émotionnelles et relationnelles. «Travailler sur les émotions et le bien-être améliore la communication, la qualité de vie au travail ou encore ses performances», revendique celle qui a fait ses armes dans les ressources humaines, le conseil ou la gestion des émotions durant sa carrière, avant de se former durant trois ans en développement personnel.
Nouveau matériau local
Personnel, le projet de Guscio – porté par les frères Martin et Clément Delattre – ne pourrait pas l’être davantage : leur activité de valorisation des co-produits marins, en l’occurrence les déchets de coquilles Saint-Jacques, est directement liée à leur histoire familiale. «Notre père était marin pêcheur et pêchait notamment des Saint-Jacques», rappelle Clément Delattre, 26 ans. Et Guscio, qui signifie “coquille” en italien, est une «référence aux origines italiennes» de leur mère, poursuit Martin Delattre, 22 ans. Leur activité est née d’une nécessité : «Répondre à la problématique du gisement des coquilles Saint-Jacques à Boulogne-sur-Mer», explique Clément Delattre. Le jeune entrepreneur a identifié le potentiel inexploité de ces déchets, issus des productions de mareyage et du port, lors d’un stage à Capécure.
Depuis 2022, les deux frères font broyer ces coquillages, puis les mélangent à un liant sans additif chimique pour créer un matériau moucheté, dont la résistance se situe pile «entre celle du marbre et du granit». Plans de travail, crédences, revêtements muraux, mobilier d’exception.... ils ne se refusent presque rien. En intégrant Créamanche, ils espèrent installer «une chaîne de production complète pour l’aménagement intérieur» afin d’enclencher la commercialisation de leurs produits à grande échelle, notamment auprès des marbreries.
Pour Aletheia Press, Arnaud Stoerkler