En bref

Saint-Quentin : La résilience économique et les mutations du commerce en débat

La Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) a réuni ses partenaires historiques et économiques pour dresser le bilan de l'année écoulée et esquisser les perspectives de 2026. Entre une croissance prudente et une transformation radicale du secteur commercial, l'heure est à l'adaptation.

Réunis autour de la CCI Hauts-de-France, la Banque de France, la Chambre des Métiers et de l'Artisanat, la chambre d’agriculture et l'URSSAF ont présenté une analyse détaillée de la situation économique régionale. Olivier Jacob, président de la CCI de l'Aisne, a ouvert la séance en soulignant la résilience des dirigeants locaux, saluant la participation de 2 700 entreprises à l'enquête de conjoncture régionale.

Une "prudence optimiste"

Pour 2026, les perspectives s'inscrivent dans une prudence optimiste. La croissance régionale devrait se situer entre 0,6 % et 0,8 %. Bien que le contexte international reste incertain, la baisse significative de l'inflation, qui flirte avec les 1 %, redonne un peu de souffle au pouvoir d'achat. 

«En 2025, l’activité des Hauts de France a été un peu plus dynamique malgré des disparités entre les trois grands secteurs. Si les chiffres d’affaire des entreprises industrielles ont connu une belle croissance (+3,4%) tirée avant tout par la fabrication de matériels de transport, ils n’ont pas progressé dans les services marchands et sont en repli dans la construction (-1,1%), souligne Ali Aïchoun, directeur départemental de la Banque de France. Pour 2026, les chefs entreprises de la région se montrent néanmoins optimistes et anticipent des progressions de chiffres d’affaires dans toutes les branches, l’industrie conserverait la croissance la plus élevée (+4,8%)». 

Dans le BTP, les entrepreneurs anticipent une hausse modérée de la production (+1,8%) portée par un revirement à la hausse du gros œuvre après une année 2025 difficile. En revanche les effectifs salariés ne devraient être renforcée que dans les services marchands (+2,3%). Cependant, la vigilance reste de mise, notamment sur le front du marché du travail, qui demeure solide mais dont la dynamique doit être soutenue, et sur celui des finances publiques, où la réduction du déficit est un enjeu majeur.

Le commerce vers un tournant historique

Le cœur des échanges s'est concentré sur la mutation profonde du secteur commercial. Loin d'être un secteur figé, le commerce vit une révolution structurelle, analysée en profondeur par Grégory Stanislawski, directeur des études de la CCI de région. L'explosion du numérique aidant, l'e-commerce a vu son volume multiplié par trois en quelques années. Les grandes surfaces ne sont plus dominantes, remplacées par des circuits courts et des formats de proximité.

Les habitudes d'achat se fragmentent en "tribus", avec des attentes spécifiques selon l'âge et le territoire. «Cette transformation engendre des fermetures de points de vente physiques, mais ne signe pas la disparition du commerce. Il se réinvente avec de nouveaux concepts. Ce renouveau du commerce repose sur une quête de sens, d’émotion et de lien où l’acte d’achat devient une expérience à part entière. 95 % des décisions d’achat sont émotionnelles», précise le directeur des études de la CCI.

L'outil IA

Face à ces mutations, la CCI Hauts-de-France se positionne en partenaire clé pour aider les commerçants à rebondir. La CCI études Hauts de France propose donc à travers son cabinet d’expertises une offre unique fondée sur une connaissance fine du tissu économique régional et des méthodologies participatives qui mobilisent les acteurs locaux. Dans ce nouvel environnement, l’intelligence artificielle devient également un outil incontournable.  «L’IA permet de mieux connaître ses clients, d’anticiper leurs attentes et de personnaliser l’expérience. Il ne faut pas opposer le numérique au commerce physique, mais créer un modèle hybride, plus humain et ancré localement», ajoute le directeur.

Quant à la chambre de métiers et de l’artisanat, celle ci a souligné l’évolution des modes de consommation. Du côté alimentaire avec une plus grande sensibilité aux changements d’habitudes alimentaires. «Les artisans de l’alimentaire sont plus fortement touchés par l’évolution des modèles de consommations et y réagissent activement notamment en communiquant davantage sur leur produits (40 % d’entre eux)», souligne Julien Choquet, chargé d’études à la Chambres des métiers et de l’artisanat. Pour 63 % des artisans, le bouche-à-oreille reste le principal moyen de se faire connaître.

La plénière a été ponctuée de témoignages concrets illustrant cette nécessité d'adaptation. Dans le secteur de l’agriculture, l’agriculteur Olivier Faict (Coopérative Calipso) a éclairé la conjoncture de l'élevage et du commerce des intrants.

Pour 2026, 57 % des entreprises devraient connaître une stabilisation de leurs carnets de commande avec une nette amélioration pour 22 % des chefs d’entreprises. A contrario, 21 % craignent une baisse de leurs commandes. En conclusion, la résilience de l'économie des Hauts-de-France reposera sur la capacité collective, élus, CCI et acteurs économiques, à transformer ces mutations en opportunités de croissance durable.