Dossier
Création d'entreprise

Une vitrine sur la toile

À l’heure où le commerce de centre-ville traverse une crise profonde et durable, la vacance commerciale atteint 11% en moyenne à l’échelle nationale selon la Caisse des Dépôts et Consignations. Si l’évolution des habitudes de consommation est une réalité, l’essor du commerce en ligne rebat désormais les cartes et engendre un nouveau modèle économique privilégié par certains entrepreneurs.


© DR- Camille Guyot est allée à la rencontre de ses clients lors du salon Natexpo de Lyon fin septembre.

© DR- Camille Guyot est allée à la rencontre de ses clients lors du salon Natexpo de Lyon fin septembre.

Des centres-villes qui se vident progressivement de leurs commerces, laissant de plus en plus place à des cellules fantômes vacantes. Alors que le prix des loyers pèse inévitablement sur les trésoreries, les enseignes d’habillement ont été les premières à révéler ce déclassement avec une multiplication de fermetures. Elles ne sont pas les seules concernées. Face à ce constat, certains créateurs optent pour un autre modèle en privilégiant la vente à distance pour lancer leur activité, sans recevoir de public. L’essor du commerce en ligne n’est pas nouveau mais une accélération s’est progressivement dessinée. La crise sanitaire du Covid-19 a d’ailleurs profondément modifié les habitudes de consommation, ancrant durablement les achats en quelques clics. Selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance, les ventes en ligne en France ont atteint 52,2 milliards d’euros au deuxième trimestre 2026, en hausse de 8,5% sur un an. Après un premier trimestre plus modéré (+4,7%), cette progression porte la croissance du e-commerce à 6,6% sur l’ensemble du premier semestre, un rythme proche de celui enregistré en 2025 (+7,1%) et comparable aux projections de croissance 2026 pour le e-commerce au sein de l’Union européenne. Des chiffres qui permettent de mieux comprendre certaines réussites entrepreneuriales et commerciales, loin de la boutique traditionnelle. Encore faut-il se doter d’outils performants. À commencer par un site Internet adapté et une stratégie commerciale bien pensée. C’est toute l’histoire de la Savonnière du Moulin créée en 2012, en pleine campagne meusienne, par Laurence Giacomazzi autour d’une gamme de produits bio à base de lait d’ânesse.

Chiffre d'affaires dopé

Alors que son premier site de vente en ligne vivotait, elle embarque son fils et casse sa tirelire pour aménager un stand au Salon de l’agriculture. Dès le mois suivant, les ventes explosent, venant de toute la France. Quelques années plus tard, son fils, Mathieu, a pris la tête de l’entreprise désormais installée à Nancy dans une boutique. «Nous avons de beaux produits qualitatifs, il va falloir les faire connaître pour que nous devenions une référence en nous appuyant sur une stratégie digitale», confie-t-il. Autre aventure dans la Meuse avec Jean-Luc Poncin, qui a créé la microbrasserie de Nettancourt il y a quasiment quinze ans. Lorsqu’il a cherché des locaux plus grands et plus adaptés à son activité, il a posé ses valises dans un bâtiment surdimensionné de 500 m² à Revigny-sur-Ornain en 2019. «On a trouvé un local et on a inversé la logique en se demandant comment faire pour que ce soit réalisable et rentable». Il lance avec trois autres associés une nouvelle structure baptisée Microbrasseurs, spécialisée dans la vente à distance de matériel aux professionnels ou aux particuliers amateurs de bière. Un raisonnement qui s’est soldé par une jolie réussite entrepreneuriale portée par le boom des microbrasseries et le retour du fait-maison lors de la crise sanitaire. 

Créer un lien avec les clients

Dernière illustration avec la Mosellane Camille Guyot, fondatrice de la marque de cosmétiques bio rechargeables Maison Soleil. Après quatre années de recherche, son projet s’est concrétisé, il y a tout juste un an, avec la commercialisation de sa gamme d’essentiels 100% en verre. Cette étape a été importante, mais elle n’est pas une fin en soi. Reste à se faire connaître.  Si les réseaux sociaux sont indispensables et ont permis de faire décoller les premières ventes, l’entrepreneuse mise sur deux canaux : un réseau de revendeurs en identifiant des boutiques qui partagent sa philosophie mais aussi la participation à des Salons pour aller à la rencontre de ses clients et booster ses ventes en BtoB à partir de son site Internet. Sans boutique, ces entrepreneurs lorrains prouvent que leur réussite passe par une stratégie commerciale et un service développé qui ont trouvé un certain écho, grâce à leur vitrine virtuelle. 

Les ventes en ligne ont atteint 52,2 milliards d’euros au 2e trimestre 2026 en France


La montée en puissance du numérique

Au-delà des effets conjoncturels, les résultats mettent en évidence la place croissante du numérique dans l’activité des enseignes issues du commerce physique. Cette performance repose sur une complémentarité de plus en plus forte entre sites, applications et magasins. Recherche et comparaison en ligne, vérification de la disponibilité, commande à distance, livraison ou retrait en point de vente s’inscrivent désormais dans un même parcours. Le digital permet également aux enseignes d’élargir leur zone de chalandise et de prolonger la relation avec leurs clients avant et après leur passage en magasin.