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À Amiens, les marques de territoire sont de plus en plus plébiscitées

En opposition aux marques internationales, souvent désincarnées, les marques locales s'appuient sur un savoir-faire, une histoire et une réelle proximité avec leurs clients. Une approche qui rencontre son public, à l'image du travail de La Manufacture Amiénoise.

Là où une marque classique vend un produit, une marque de territoire vend avant tout une identité : elle fédère des acteurs locaux autour d'une histoire, d'un savoir-faire ou d'un patrimoine commun. À Amiens, plusieurs initiatives s'inscrivent dans cette démarche, dont La Manufacture Amiénoise, créée en 2024 par l'association «Mémoire de Sayetteur». Celle-ci s'appuie sur des motifs initialement utilisés au XVIIIe siècle par la Manufacture Bonvallet pour les appliquer sur des objets du quotidien.

Un patrimoine textile remis en lumière

En 2023, Louis Teyssedou se voit confier par une Amiénoise des planches en bois sculptées utilisées par Jacques-Alexandre Bonvallet pour imprimer des motifs sur du velours. Une technique qui permettra à l'entreprise amiénoise de devenir en 1788, Manufacture royale d'étoffes fleuries. Avec l'entrepreneur Philippe Dessaint et le graphiste Philippe Merlot, Louis Teyssedou, professeur d'histoire-géographie au lycée professionnel Édouard-Gand et doctorant à l'université d'Artois, a l'idée de faire revivre ce patrimoine.

Ainsi naît La Manufacture Amiénoise. Numérisés, ces motifs oubliés ornent d'abord un carnet imprimé par Pixel Avenue, puis des foulards, des manchettes imaginées par M Paris, des coussins, des savons fabriqués par la Savonnerie des Hauts-de-France, des bananes réalisées par le Kiosque à Couture d'Ozange et même une chilienne.

Présentée en décembre 2025 aux Galeries Lafayette, l'initiative rencontre un succès phénoménal. «Il faut d'abord expliquer ce que sont ces planches, la technique d'impression utilisée, qui était Jacques-Alexandre Bonvalet et l'effervescence intellectuelle qui animait Amiens entre 1750 et 1800. Une fois ce passé mis en avant, l'effet est immédiat» souligne Louis Teyssedou. Avec ces objets du quotidien, La Manufacture Amiénoise permet aux habitants de se réapproprier leur histoire. «Nous avons réussi à faire de Bonvallet un objet pop et, ça, ça remplace tous les arguments marketing», sourit-il.

Des chaussettes made in France pour élargir la gamme

Distribués dans les boutiques Trogneux, les produits de La Manufacture Amiénoise pourraient également intégrer l'Office de tourisme. «La grande majorité de nos objets sont fabriqués en collaboration avec des entreprises locales. Cela aussi a du sens», souligne Louis Teyssedou. Cet été, la marque proposera une nouvelle gamme de chaussettes, tissées par la Maison Broussaud, manufacture historique de Limoges labellisée Entreprise du patrimoine vivant. Proposées à une quinzaine d'euros, ces chaussettes viennent parfaitement compléter une gamme dont les prix s'échelonnent de 8 euros pour les carnets à 75 euros pour les foulards.

 «Ce qui est intéressant, c'est de parler à des gens extrêmement différents», observe Louis Teyssedou, évoquant une clientèle transgénérationnelle, des petits-enfants aux grands-parents. Les bénéfices financent notamment des ateliers d'impression à la planche avec des scolaires ainsi que des expositions consacrées au patrimoine local. «Nous restons une association. Si, un jour, l'ambition est d'aller plus loin avec La Manufacture Amiénoise, il faudra qu'elle soit portée par d'autres», conclut-il.