Dossier

À Cappelle-en-Pévèle, la filière semencière prépare l’agriculture de demain

Réunis au sein de l’entreprise Florimond Desprez à Cappelle-en-Pévèle, les acteurs de la filière semencière ont mis en lumière le rôle du progrès génétique face aux défis climatiques et agroécologiques.

(g. à dr).Thomas Blervaque, directeur de Semences Lemaire-Deffontaines ; Thomas Bourgeois, président FNAMS ; Charlotte Demay, Agro Transfer ; Mathilde Lheureux, ingénieure chez Arvalis. © Aletheia Press / L. Péron Vranesic

(g. à dr).Thomas Blervaque, directeur de Semences Lemaire-Deffontaines ; Thomas Bourgeois, président FNAMS ; Charlotte Demay, Agro Transfer ; Mathilde Lheureux, ingénieure chez Arvalis. © Aletheia Press / L. Péron Vranesic

Ce 12 juin à Cappelle-en-Pévèle, Semae l'interprofession des semences et plants, a organisé une journée dédiée à l'innovation. Parmi les rendez-vous du jour, une table ronde a souligné combien la création variétale est devenue un enjeu stratégique. Longtemps, le progrès génétique s’est surtout traduit par des gains de rendement. Les sélectionneurs travaillaient à partir de croisements et d’observations au champ pour identifier les plantes les plus performantes.

Mais en quarante ans, les priorités ont profondément évolué. Hausse des températures, multiplication des épisodes climatiques extrêmes, apparition de ravageurs et réduction des solutions phytosanitaires obligent désormais les obtenteurs à revoir leurs objectifs. «On est passé d'une logique de performance à une logique de résilience», rappelle Thomas Blervaque, directeur général de Semences Lemaire-Deffontaines, basée à Auchy-lez-Orchies.

Du champ au génome

Les méthodes de sélection ont, elles aussi, connu une révolution. Aux essais traditionnels au champ se sont ajoutés les marqueurs moléculaires puis la sélection génomique. Ces outils identifient directement, au niveau de l’ADN, les caractères recherchés et accélèrent les programmes de création variétale. Les essais en conditions réelles restent toutefois indispensables pour mesurer le comportement des variétés face aux maladies, aux ravageurs et aux aléas climatiques.

Le changement climatique est désormais le principal moteur des travaux de recherche, avec une hausse moyenne des températures de 2,7 °C attendue à l’horizon 2050 et une augmentation des événements extrêmes. Face à ces évolutions, les sélectionneurs concentrent leurs efforts sur la résistance aux stress biotiques et abiotiques : sécheresse, chaleur, maladies ou ravageurs. L’exemple des variétés résistantes à la jaunisse nanisante de l’orge illustre cette approche, après l’interdiction des néonicotinoïdes. La plante est désormais elle-même résistante, limitant l’impact des pucerons vecteurs du virus. Les recherches portent aussi sur la précocité variétale, l’efficience des intrants, la qualité des protéines ou encore les mélanges variétaux.

Un enjeu économique pour la filière

Au-delà des enjeux agronomiques, la sélection variétale constitue un levier de compétitivité pour l’agriculture française. Premier producteur et exportateur européen de semences de grandes cultures, la France consacre près de 13 % du chiffre d’affaires du secteur à la recherche et s’appuie sur environ 370 000 hectares de multiplication.

Les intervenants ont également souligné que les leviers de progrès sont nombreux. «La génétique seule ne peut pas tout faire, car la nature va plus vite», a conclu Charlotte Demay, cheffe de programme Agro Transfert, basée à Estrées-Mons. Un constat qui renvoie également au rôle de l’agronomie, des pratiques culturales et de l’accompagnement des agriculteurs dans cette transition.

Pour Aletheia Press, Lolita Péron Vranesic