Dossier
Conjoncture

Alerte à la trésorerie des PME

Les délais de paiement diminuent légèrement, mais le poids de ces retards sur la trésorerie des PME s'alourdit à mesure que la conjoncture se dégrade, alertent des syndicats patronaux, lors des Assises des délais de paiement.

© Charlie's / Adobe Stock.

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Une amélioration en trompe l’œil. Le 16 octobre, à Paris, se tenait le rendez-vous annuel des Assises des délais de paiement. En la matière, «les résultats sont encourageants mais ne doivent pas masquer les difficultés qui persistent pour de nombreuses entreprises», a déclaré (par visio) Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France. En 2025, les délais fournisseurs se sont élevés à 49,2 jours contre 50 un an auparavant, d'après le rapport de l'Observatoire des délais de paiement (Banque de France).

Derrière cette moyenne, les situations sont très diverses. Le record du plus mauvais payeur est atteint par le secteur public hospitalier : 71,3 jours au niveau national, bien au-dessus du plafond réglementaire. Mais ce record statistique s'avère dérisoire au regard de certains cas constatés sur le terrain, relève le Medef. Via ses structures territoriales, le syndicat patronal s'est adressé aux Autorités régionales de santé (ARS), pour tenter de faire avancer les dossiers de ses adhérents. «Nous avons été submergés par les factures. Nous en avons vu arriver des milliers, avec des retards qui atteignaient 300 ou 400 jours», témoigne Nicolas End, responsable du pôle économie du Medef. La situation est particulièrement tendue dans les territoires ultra-marins.

«Traverser la tempête»

Autre constat, la légère amélioration de 2025 n'a pas mis fin à un dysfonctionnement majeur : «les retards de paiement représentent à nouveau un enjeu significatif de trésorerie pour les TPE et les PME, évalués à environ 13 milliards d'euros», a rappelé Emmanuel Moulin. A la clé, un problème de crédit interentreprises. Plus d'une grande entreprise sur deux paie ses fournisseurs au delà de 60 jours. Pour les PME, la pression devient d'autant plus insoutenable que le contexte économique se dégrade, assorti d'une hausse des taux d'intérêt qui renchérit le coût du financement. Déjà, ce mois de septembre, «beaucoup d'entreprises ont des difficultés de trésorerie. Il ne s'agit pas seulement de celles qui sont fragiles, mais aussi de celles qui ont des marges fines, ou des flux de cash assez tendus», souligne Nicolas End.

Dans le même sens, malgré l'amélioration constatée, les délais de paiement restent un «point d'attention» pour Amir Reza-Tofighi, président de Les Entrepreneurs. En effet, rappelle-t-il, dans la pratique, il est souvent malaisé – voire impossible- de faire jouer les clauses de pénalités auprès de clients mauvais payeurs. Or, «il est nécessaire d'avoir de la trésorerie pour traverser la tempête», commente Amir Reza-Tofighi.

Selon Ellisphère, spécialiste de l'enquête financière, 72 000 défaillances d'entreprises ont été enregistrées en France depuis douze mois. Et la tendance devrait se poursuivre à la hausse, pour atteindre 80 à 85 000 à la fin de l'année.