La campagne "Les Âmes cassées", conçu pour le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, a reçu un Wood Pencil (le bronze), une récompense particulièrement rare dans l’univers de la création publicitaire et du design.
Créé à Londres en 1962, les D&AD sont considérés comme l’un des festivals créatifs les plus exigeants au monde. L’organisation décrit elle-même ses distinctions comme délibérément difficile à gagner. L'Amiénois Julien Beuvry fait partie des créatifs de l'agence BBDO Paris en tant que directeur artistique senior avec Sonia Dos Santos, et Benoit Oulhen, tout deux concepteurs-rédacteurs, à avoir réussi à proposer une immersion sensible dans l’impact psychologique du conflit de la Grande Guerre.
Des visuels impactants
À partir d’images d’archives représentant des soldats souffrant de troubles mentaux, ils ont pu créer des visuels symboliques forts qui ont été travaillés directement sur le support photographique, que ces créatifs ont découpé, dissous et érodé. «C'est toujours un honneur et un plaisir de recevoir un prix sur un projet. D'autant plus quand il s'agit d'un projet dans lequel on s'est beaucoup investi personnellement. En termes de traités et de rendus, il y a eu une grosse recherche aussi avec un imprimeur, on a passé un peu de temps pour choisir les bons papiers, les bons profils d'impression en fonction des réactions qu'on voulait avoir, en particulier par rapport au solvant, avoir le bon papier, pour que l'encre se détache», confie Julien Beuvry.
Le quarantenaire n’a jamais quitté Amiens, sa ville de cœur. Après des études d’expertise comptable, il choisit le marketing et la communication visuelle. Pari réussi, il est aujourd’hui directeur artistique chez BBDO Paris, où il a signé plusieurs campagnes primées dans des festivals internationaux.
Immersion sensible
Cette campagne repose ainsi sur une série d’affiches artisanales et expérimentales créées à partir de véritables photographies d’archives volontairement altérées : impressions répétées 1 916 fois pour former une tranchée, portraits dégradés par solvants ou laissés plusieurs jours dans une véritable tranchée afin de matérialiser visuellement la souffrance psychique des soldats. Mais également des mini documentaires et un film. «Pour avoir cette mécanique de reproduire ce que 24 heures de bombardement non-stop pouvaient représenter pour la santé mentale, on a eu cette idée d'installation pour générer ce visuel. Il y a aussi tout ce travail dans les coulisses, les ateliers découpage, l'accès à un zénith, pour pouvoir tourner les images. Pour la musique des interviews et aussi du film qui va bientôt sortir, on a eu une bande-son d'un compositeur connu, le compositeur du film À l'Ouest, rien de nouveau, qui est sur Netflix et qui a été oscarisé. Il nous a permis d'utiliser ces compositions pour ce contenu», ajoute Julien Beuvry qui est aussi vice-président de l’Amiens SC Judo, administrateur de Synapse 3i et intervenant à SUP de Com Amiens. Il a également reçu un très joli Profil de la Réussite Amiens en fin d'année 2025.