Décryptage

APES Hauts-de-France : démocratiser le numérique alternatif

Après 25 ans d’existence, l’APES Hauts-de-France, le réseau d'acteurs pour l'économie sociale et solidaire (ESS), a une voix qui porte. Spécialisé dans l’accompagnement des acteurs de l’ESS, le réseau travaille actuellement beaucoup autour d’un numérique plus social et aide au développement de nombreuses plateformes solidaires pour créer des alternatives aux géants du secteur. 

Joachim Lebrun, directeur de l’APES Hauts-de-France.

Joachim Lebrun, directeur de l’APES Hauts-de-France.

C’est quoi être un acteur de l’économie sociale et solidaire ? Vaste sujet que résume Joachim Lebrun, directeur de l’APES Hauts-de-France, par une phrase simple : «Ça veut dire principalement faire avec, et non pas faire pour. C’est faire avec les gens, travailler avec les gens à leur émancipation.» La question de l’émancipation couvre de nombreux sujets de l’actualité et de la vie quotidienne. Et le premier est celui de la dépendance aux géants du numérique, particulièrement américains.

Au-delà de la question de la souveraineté, soulevée depuis de nombreux mois par les dirigeants européens afin de mettre fin à la dépendance du Vieux Continent vis-à-vis des États-Unis, s’ajoute un point d’importance autour de la gestion des données et de la recherche du profit, inhérente au monde capitaliste. Un monde de plus en plus rejeté et qui amène à la création de plateformes alternatives, accompagnées par l’APES. Mais le travail reste complexe, comme l’explique Joackim Lebrun : «C'est compliqué d'amener les gens à s'interroger sur l'action des plateformes. On a vu arriver les grosses plateformes d'un seul coup et les gens n'ont pas eu le temps de s'interroger». Difficile de se faire entendre donc, d’autant plus que «l’on arrive sur un besoin qui est déjà très fortement couvert».

Des outils d’importance pour les collectivités

L’APES travaille donc également à la démocratisation des plateformes numériques alternatives, notamment auprès des pouvoirs publics, avec une certaine réussite, en particulier suite à la crise du Covid en 2020. «Il y a eu un avant et un après-Covid. La région Hauts-de-France et l'Europe ont pris conscience que nous avions besoin, au quotidien, d'outils numériques pour fonctionner. Cela participe à la résilience du territoire». Les collectivités avaient elles-mêmes développé des outils numériques pendant cette période, ce qui a amené à «une prise de conscience sur leur rôle aussi, sur les enjeux du numérique, et notamment pour contribuer à une certaine vitalité territoriale».

L’intérêt des plateformes de l’ESS pour les collectivités, est donc de participer à l’économie du territoire en donnant la possibilité à des acteurs locaux de s’exprimer, tout en faisant des économies, grâce à une logique de mutualisation, par exemple. «Les territoires ne vont pas mettre 400 000 euros pour développer une plateforme. Mais si on arrive en leur disant qu’il y a des acteurs économiques qui portent des solutions de plateformes et qu’ils peuvent entrer en coopération avec eux», alors les projets ont plus de chances d’être lancés. Sur ce point, l’APES travaille particulièrement avec les communautés de communes et les communautés d’agglomération, qu’elles soient urbaines ou non. De quoi faire émerger un «contre-modèle face aux principales plateformes numériques capitalistes, dont les critiques deviennent des arguments pour les plateformes alternatives, où il n'y a aucun jeu de données en termes d'usage ou de revente», précise Joachim Lebrun.