En ce début de matinée de juillet, la cour de l’entreprise est vide de ses fourgons de chantier d’intervention. Les équipes partent à la fraîche afin d’intervenir sur site avant la fournaise caractéristique de cette période estivale. Les stocks de matières premières et de matériaux sont là pour faire face à un carnet de commandes à la visibilité de trois à cinq mois, conjoncture générale oblige.
Quelques semaines auparavant, le 29 mai, cette même cour était noire de monde pour célébrer les 120 ans d’activité et d’ancrage local de Balestreri Construction basée à Chanteheux, à quelques encablures de Lunéville. Un cap important pour Vincent Balestreri, pilote de l’entreprise. Son arrière-grand-père, Francesco, exilé du nord de l’Italie à la toute fin du XIXe siècle, a été chef de chantier chez France Lanord et Bichaton (FLB) avant de créer sa propre activité au début du siècle dernier, en 1906.
Un peu plus d’un siècle plus tard, Vincent Balestreri, diplômé en génie civil, a fait ses armes au même poste dans cette même entreprise générale pendant trois ans avant d’intégrer la société familiale comme conducteur de travaux aux côtés de son père, François.
«J’ai toujours baigné dans cet univers. Quand j’étais enfant, mon père m’amenait à l’embauche de l’équipe avant de me déposer à l’école. La transmission s’est faite naturellement et j’ai repris la gérance en 2018». Un passage par l’École supérieure des jeunes dirigeants du bâtiment (ESJDB) de la Fédération française du bâtiment lui permet d’enrichir son expérience professionnelle et de renforcer les acquis transmis par son père. Une relation quasi-fusionnelle.
«J’ai perdu ma mère très jeune», confie le chef d’entreprise de 38 ans.
Références constructives
Quatrième génération aux commandes, il poursuit l’histoire familiale et sait pertinemment l’importance de cet héritage.
À l’occasion de son centenaire, l’entreprise marquait déjà d’une pierre blanche son implantation dans ses locaux de Chanteheux après avoir passé plusieurs décennies au cœur de la cité cavalière. 120 ans, une longévité certaine et un ancrage local infaillible !
L’entreprise a d’ailleurs contribué à façonner ce paysage par ses différentes réalisations : grande période de construction industrielle (notamment l’agrandissement de l’usine des wagons, anciennement Trailor, les bâtiments de l’entreprise Roch…), chantiers de reconstruction après les Première et Deuxième Guerres mondiales, programmes de constructions neuves et constructions emblématiques du Lunévillois (séminaire de Ménil-Flin ou encore immeubles Art déco de la rue Carnot à Lunéville).
Les références sont légion. «Les deux tiers de nos clients sont des particuliers, le reste se répartit entre collectivités territoriales et entreprises», assure Vincent Balestreri. Le tout dans un rayon d’intervention d’une trentaine de kilomètres. Maçonnerie générale, gros œuvre, charpente, couverture, zinguerie, isolation – «notamment énergétique car nous sommes labellisés RGE (Reconnu garant de l’environnement)» –, travaux intérieurs, terrassement et aménagements extérieurs…, l’entreprise de construction intervient également comme sous-traitante pour certains groupes pour des travaux de VRD.
La rénovation demeure le gros de notre activité
«Le gros de notre activité aujourd’hui demeure la rénovation». Une évolution certaine d’un marché de la construction largement chahuté aujourd’hui, notamment sur ce secteur spécifique jugé un temps plus que porteur. Le dernier rabot de MaPrimeRénov’ annoncé par le législateur fin juin ne devrait pas arranger les choses.
«Nous ne comptons plus les réformes de ce dispositif qui demeure un véritable casse-tête administratif pour celles et ceux qui veulent en bénéficier», assure celui qui est également administrateur au sein de la Fédération du BTP de Meurthe-et-Moselle. L’adaptabilité se veut constante, notamment afin de faire face à cette instabilité législative.
«Garder le cap en s’adaptant aux enjeux actuels comme la performance énergétique et maîtriser l’évolution des techniques sont les leviers à actionner pour continuer à se développer». Histoire d’écrire un nouveau siècle d’aventure entrepreneuriale familiale et territoriale...
Le défi du recrutement
Le défi de demain pour son secteur d’activité ? Pour Vincent Balestreri, pilote de la société éponyme, il est clair : «Retrouver de la main-d’œuvre». Si bon nombre de choses sont faites en faveur de l’attractivité des métiers du bâtiment, il apparaît certain que la problématique du recrutement demeure bien présente. «Les CFA ou encore les Compagnons du Devoir sont loin de faire le plein...».