Portrait

Bamboo : comment l'éditeur bourguignon continue de grandir malgré la crise du livre

Alors que le marché de l'édition tourne au ralenti après plusieurs années d'euphorie, Bamboo fait figure d'exception. Fondé il y a près de trente ans en Bourgogne, le groupe poursuit son développement grâce à une gestion prudente, un catalogue populaire et une stratégie de diversification qui l'amène désormais jusqu'au cinéma.

Dans les locaux de Bamboo, à Charnay-lès-Mâcon, l'heure n'est pas à l'inquiétude malgré un marché du livre qui traverse une période de turbulences. Après l'explosion des ventes pendant les années Covid, l'édition française connaît un net ralentissement. Les tirages se réduisent, les lecteurs arbitrent davantage leurs achats et les éditeurs doivent composer avec un contexte économique plus tendu. Pourtant, Bamboo continue de tenir son cap. En 2025, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 34 millions d'euros, contre 35,8 millions en 2024 et 35 millions en 2023. Si l'activité accuse un léger recul, l'entreprise reste largement bénéficiaire avec 2,5 millions d'euros de résultat net, après un exercice 2024 particulièrement performant à 3,5 millions d'euros. Pour son fondateur, Olivier Sulpice, ces résultats illustrent avant tout la solidité d'un modèle construit sur le temps long. «L'année dernière n'a pas été exceptionnelle, mais elle reste une bonne année. Nous évoluons dans un marché compliqué et nous parvenons à maintenir notre équilibre. C'est le fruit d'une gestion prudente et d'investissements réalisés depuis plusieurs années», explique-t-il. 

Créée à la fin des années 1990, Bamboo s'est imposée avec une recette simple : raconter le quotidien avec humour. Les séries Les Profs, Les Sisters, Les Pompiers ou encore Les Rugbymen se sont vendues à plusieurs millions d'exemplaires et ont permis à l'éditeur de bâtir un catalogue particulièrement solide. L'entreprise a progressivement élargi son offre en développant des collections jeunesse, des mangas, des romans graphiques et des bandes dessinées documentaires, tout en restant fidèle à son ADN populaire. Cette diversification éditoriale constitue aujourd'hui un véritable amortisseur face aux variations du marché. «Nous ne dépendons pas d'un seul auteur ni d'une seule série. Nous construisons notre développement sur la durée en renouvelant constamment notre catalogue», souligne Olivier Sulpice. Les premiers indicateurs de 2026 confortent cette stratégie. À la mi-juillet, l'activité est équivalente à celle enregistrée à la même période en 2025 et le dirigeant anticipe une progression comprise entre 2 et 5 % sur le mois. Une performance qui contraste avec les difficultés rencontrées par une partie de la filière.

Du neuvième au septième art

Mais la véritable actualité de Bamboo se joue désormais au-delà de la bande dessinée. Le groupe franchit cette année une étape importante avec le lancement de sa filiale Bamboo Films. Le 5 août, sortira Les Gendarmes, premier long métrage produit par l'entreprise et distribué par Studio TF1. Pour Olivier Sulpice, cette diversification s'inscrit dans une logique naturelle. «Nos histoires existent déjà, nos personnages aussi. Le cinéma est une façon de leur donner une nouvelle vie et d'aller à la rencontre d'autres publics». Loin d'être un projet isolé, cette première production ouvre un nouveau chapitre de l'histoire de l'entreprise. Plusieurs films sont déjà programmés pour 2027 et 2028, preuve que Bamboo entend s'installer durablement dans la production audiovisuelle. Parallèlement, l'éditeur prépare le lancement de deux nouvelles collections de bandes dessinées dès l'an prochain afin de continuer à renouveler son catalogue.