(Avec AFP)
Le gouvernement a ouvert mardi soir les débats sur le budget de l'État pour 2027, martelant son objectif d'un déficit à 5% du PIB l'an prochain, condition préalable selon lui à tout compromis avec les oppositions très critiques de la copie gouvernementale.
"Ce gouvernement est incapable de baisser structurellement la dépense", a estimé à la mi-journée le député RN Jean-Philippe Tanguy. Président LFI de la commission des Finances, Eric Coquerel a, lui, critiqué un "catastrophisme organisé" autour de la dette, "censé faire avaler la pilule austéritaire", et accusé le gouvernement d'attaquer tous les services publics, avec un risque récessif. Dans la matinée de mardi, Sébastien Lecornu avait proposé aux socialistes de travailler sur au moins trois chantiers : les violences faites aux femmes et protection des enfants, l'agriculture, et la jeunesse et l'avenir de notre école.
L'an dernier, Sébastien Lecornu avait eu recours au 49.3 pour faire passer le budget de l'État, après un compromis de non-censure avec le PS, mais au prix d'une suspension de la réforme des retraites. Cette année, le parti à la rose semble à ce stade nettement moins enclin à le faire, estimant que le gouvernement n'a montré "aucune inflexion".
Le RN peu enclin à censurer ?
En tout état de cause, le gouvernement a peu d'espoir de faire voter son budget dans des conditions classiques. En commission des Finances, l'accueil a été sévère, avec un texte remanié puis rejeté par la quasi-totalité des députés. Car pour atteindre sa cible de déficit, l'exécutif n'a pas été avare de mesures parfois clivantes, jusque dans son camp. L'exécutif entend notamment mettre à contribution les collectivités, mais aussi les retraités, par une sous-indexation des pensions au-dessus de 1.256 euros dans le budget de la Sécurité sociale, et un resserrement de l'abattement de l'impôt sur le revenu dont bénéficient les retraités dans le budget de l'État.
Félicie Girard, députée Horizons, a déploré mardi une réduction insuffisante des dépenses. Nicolas Ray (LR) regrettant lui 17 milliards de nouveaux impôts. La gauche, elle, estime que le gouvernement fait des clins d'œil à l'extrême droite - ce dont il se défend - notamment en proposant un délai de carence pour le versement de certaines allocations aux étrangers. Marine Le Pen (RN) a dit préférer laisser passer un budget, même "imparfait", estimant qu'elle arriverait à le renverser en cas d'entrée à l'Élysée.
M. Lecornu pourrait aussi recourir aux ordonnances budgétaires, jamais utilisées, mais permettant de passer le budget sans aucun vote. Il faudrait toutefois attendre le 18 décembre, après 70 jours d'examen.