Préserver l’identité de l’entreprise et ses méthodes de fabrication traditionnelle tout en accélérant la modernisation, c’est l’obsession de Fabienne Picard, présidente de la Confiserie des Hautes-Vosges, à la tête de l’entreprise familiale depuis 2018 et qui associée à son cousin, Pascal George, inscrit ses pas dans ceux de ses prédécesseurs : son père, son oncle et sa tante. Une stratégie assumée autour d’un processus de fabrication resté inchangé depuis les origines de la société labellisée en 2025 Entreprise du patrimoine vivant (EPV), gage de qualité et de reconnaissance. L’ensemble de la gamme de bonbons vosgiens est d’ailleurs encore cuite à partir de sucre et de sirop de glucose déposés dans des chaudrons en cuivre puis versés sur une table chaude. Une fois la coulée réalisée, c’est au tour de l’aromatisation pour la pâte à bonbons avec des arômes naturels et des huiles essentielles. Cette méthode ancestrale est au cœur du succès de la confiserie de Plainfaing créée en 1986 par Jean-Marie Claudepierre (son père), véritable pionnier qui a misé avant tout le monde sur l’ouverture des portes au public et sur la vente directe. Après avoir racheté la confiserie des Images à Épinal, il a fait le choix de poser ses valises au cœur du massif des Vosges, dont il était originaire. Dans la foulée, le fondateur a décidé de dévoiler les coulisses de la fabrication des bonbons, une approche à contre-courant du secret de fabrication prôné à l’époque. Cette transparence est rapidement devenue la signature de l’entreprise.
Un site en perpétuelle amélioration
S’il y a quarante ans, l’aventure entrepreneuriale débute à trois, dans un bâtiment de 80 m² avec quelques visiteurs de passage, en 2025, la confiserie qui compte cinquante salariés et dix alternants, a accueilli plus de 300 000 visiteurs, faisant d’elle le site agroalimentaire le plus visité de France (et le troisième, tout secteur confondu, derrière des mastodontes comme EDF). «Depuis le début, on s’est adapté et on s’est développé au côté du visiteur avec toujours la volonté de mieux accueillir et d’enrichir la visite», analyse Fabienne Picard, la présidente, ajoutant ne pas avoir compté le nombre d’extensions du bâtiment historique. «Il y a toujours eu des travaux à Plainfaing depuis quatre décennies. Quand ce n’était pas un parking, c’était une toiture, le magasin ou la fabrication». Émerveillée depuis son enfance par l’environnement de la confiserie, la dirigeante avoue avoir grandi dans l’entreprise, s’y être formée avant de prétendre pouvoir la diriger. Si en 2018, elle prend les rênes, son père n’est jamais bien loin. À l’époque déjà, elle a dans un coin de sa tête la volonté de s’inscrire dans la continuité, tout en apportant sa vision, tournée vers la pédagogie. Un rêve devenu projet puis réalité depuis quelques jours avec l’inauguration le 3 juillet en présence des financeurs et des partenaires de l’espace scénographique. Une nouveauté qui coïncide avec les quarante ans de la CDHV qui a vu les choses en grand. Ce nouvel espace n’est pas dédié à la seule confiserie, mais célèbre le Massif des Vosges autour d’une carte 3D. «Au-delà des bonbons, on vend notre territoire», assume la direction, viscéralement attachée au Massif et ambassadrice de la marque « Je vois la Vie en Vosges ».
Investir pour grandir
Et pour intéresser le plus grand nombre de visiteurs, les sujets sont nombreux : histoire du bonbon (en passant par ses origines), focus sur les abeilles (en lien avec les bonbons au miel), circuit sur les cinq sens, partie botanique (les huiles essentielles étant utilisées). «L’objectif est de proposer aux visiteurs un parcours à la fois féérique, instructif et pensé pour tous les âges avec la volonté d’allonger le temps de visite (1h30 à 2h) toujours gratuite et qui se termine par le magasin» qui rassemble toutes les références : 45 sortes de bonbons au goût traditionnel (bourgeon de sapin, eucalyptus, myrtille, framboise, cerise, pêche, bergamote…) sans oublier les fruits secs enrobés et caramélisés (cacahuètes, amandes et noisettes grillées). Le nouvel espace scénographique vise à renforcer le leadership touristique de la confiserie des Hautes-Vosges qui est devenue au fil du temps une destination touristique à part entière en accueillant chaque année entre 1 500 à 1 800 bus. Cet équipement s’inscrit dans un programme d’investissement de dix millions d’euros engagé dès 2023 avec le nouveau bâtiment de vente à distance de 1 600 , suivi de l’aménagement d’un parking perméable, d’une station d’épuration autonome, du doublement d’un pont pour sécuriser les flux et du bâtiment de 1 600 m² encore en construction dont 700 m² sont dédiés à la scénographie. Pour ces travaux, le site a bénéficié du soutien de la Région Grand Est, des Vosges, du Massif des Vosges et de l’État. Il restera en 2027 à aménager une passerelle ouverte qui reliera le site historique aux nouveaux locaux, avec une galerie exposant 40 ans d’articles de presse, le réaménagement par tranches du magasin. Enfin, l’installation de panneaux photovoltaïques et de bornes de recharge s’échelonnera jusqu’en 2028. Si quatre ateliers de fabrication étaient opérationnels jusqu’à tout récemment, ils sont désormais sept, dont trois ouverts au public. «Le site historique de 2 000 m² ne pouvait plus être agrandi, ce projet qui se concrétise aujourd’hui était déjà dans ma tête quand j’ai pris la direction en 2018», confie Fabienne Picard.
L’innovation dans la tradition
Pour aller de l’avant, la direction a toujours su saisir les opportunités, jouant la carte de l’innovation. Pendant la crise du Covid, au moment où les visites étaient suspendues, les projets se sont multipliés pour aboutir après 2021, à la création d’une gamme de bonbons sans sucre destinée aux personnes souffrant de diabète, la signature d’un partenariat avec Disney «qui nous tire vers le haut compte tenu de leur niveau d’exigence et de leurs critères d’amélioration» ou encore la personnalisation, avec plus de 200 000 boîtes à bonbons vendues par an, dont des modèles pour la Présidence de la République grâce à l’acquisition d’une imprimante numérique. Autant de projets conduits par la nouvelle présidente qui a su gagner la confiance et la fierté de la première génération de dirigeants. Autre chantier, celui du goût. Si la confiserie a toujours privilégié des arômes et colorants naturels ou des huiles essentielles, une transition est en cours pour intégrer des jus de fruits et légumes (carottes, betteraves…), nécessitant des ajustements techniques. «La R&D ne doit pas dénaturer nos produits, mais respecter la tradition tout en apportant un plus gustatif», rappelle Fabienne Picard qui estime que «sans innovation, on s’ennuierait vite». Peu de risques pour cette cheffe d’entreprise qui a toujours mille idées en tête. À l’heure où les travaux actuels doivent encore durer quasiment dix-huit mois, pas question pour elle de lever le pied. Des pistes et autres challenges l’attendent déjà. Pour le moment, elle ne les dévoilera pas, bien fixée sur le présent, même si son engagement vers l’avenir n’est jamais bien loin.
«Il y a toujours eu des travaux à Plainfaing depuis quatre décennies»
Vente directe
La vente directe est au cœur du modèle économique de la CDHV. Si le magasin représente près de 50% de chiffre d’affaires, la vente en ligne a progressé depuis le Covid pour atteindre 20% porté par un site conçu dès 2005 puis un second modernisé en 2021. Au total, 70% de la production est vendue directement depuis Plainfaing, assurant une marge et une capacité d’investissement importantes à l’entreprise familiale. Le reste provient des foires, Salons, marchés mais également d’un réseau de revendeurs soigneusement sélectionnés.