Changement de paradigme et rigueur des processus. Le 16 octobre, à Paris, lors des Assises des délais de paiement, trois représentants d'entreprises détentrices du label Relations fournisseurs et achats responsables (RFAR) ont témoigné de leurs pratiques en matière de délais de paiement. Elles vont parfois très loin. «En accord avec la direction financière, je dispose d'une somme annuelle pour les cas urgents. Nous anticipons les paiements pour les plus fragiles», explique Yasser Balawi, directeur des achats du groupe coopératif laitier Sodiaal qui peut décider d'intervenir en faveur d'un transporteur en difficulté, par exemple.
Ces pratiques exceptionnelles s'inscrivent dans un cadre précis. «La contractualisation des délais de paiement doit tenir compte de l'équilibre financier entre les délais de paiement clients et fournisseurs pour ne pas créer de déficit financier chez moi, ni de déficit de fonctionnement. Mais il ne faut pas mettre mon écosystème de fournisseurs en difficulté, car c'est un risque potentiel pour l'entreprise», résume-t-il. L'équation est complexe : les clients du groupe paient avec un délai de 45 à 60 jours (voire au delà), les producteurs de lait sont payés tous les 15 jours. Au casse-tête du timing s'ajoutent des problématiques techniques. Chaque année, les quelque 300 000 factures - au format varié- sont reçues par Sodiaal où cohabitent plusieurs systèmes de gestion et comptabilité... Seule la rigueur des processus mis en place permet au système de fonctionner. La démarche de labellisation a été déterminante : réaliser des reportings mensuels précis, constater les dysfonctionnements a permis une «prise de conscience», témoigne Yasser Balawi.
«Nous avons gagné quatre jours depuis depuis le Covid»
Même rigueur chez Schmidt Groupe, spécialiste de l'aménagement d'intérieur. Au cœur de sa démarche : dans son écosystème industriel en flux tendu, les délais de paiement constituent l'«indicateur numéro un de la résilience», souligne Laurent Belloni, directeur achats de la société qui règle quelque 400 000 factures annuelles, auprès de 2 000 fournisseurs. «Nous nous sommes fixés un objectif d'améliorer nos délais de paiement de un jour tous les ans. Aujourd'hui nous sommes à 23 jours. Nous avons gagné quatre jours depuis depuis le Covid», explique-t-il. Schmidt Groupe s'applique à la promotion de sa démarche – une véritable «philosophie» insiste le directeur achats- auprès d'autres entreprises. Le fait qu'un fournisseur ne paie pas correctement ses propres fournisseurs peut être motif de rupture. «Si mon fournisseur ne paye pas bien le sien, il risque d'endommager la chaîne de valeur. La conséquence, possiblement, va être une rupture d'approvisionnement dans mon entreprise», note Laurent Belloni.
En miroir de ces témoignages, Évelyne Mercier, directrice financière de Manutan (mobilier de bureau) qui travaille avec de grandes sociétés, souligne le fait que les fournisseurs ont aussi leur rôle à jouer pour que les circuits de paiement de facture fonctionnement de manière fluide , reconnaît la directrice.