«La demande déposée auprès du tribunal de commerce de Dijon n’est pas une liquidation», insiste William Perrier, directeur général. Si la procédure est ouverte, la période d’observation doit permettre de poursuivre l’activité, finaliser un plan de continuation et faire entrer un investisseur capable de soutenir durablement Cycles Lapierre. Une audience est prévue le 25 août. «Nous ne déposons pas cette demande pour renoncer, mais pour nous donner les moyens de nous battre», affirme William Perrier. «L’avenir de Lapierre doit s’écrire pour Lapierre, avec son identité, ses équipes et son ancrage à Dijon».
Du boom du Covid à la crise des stocks
Comme toute la filière, Cycles Lapierre (100 M€ de chiffre d’affaires en 2025, 106 salariés) a subi le contrecoup du boom du vélo post Covid. Après l’explosion de la demande en 2020, les fabricants ont massivement commandé des composants asiatiques. Lorsque les chaînes de production ont redémarré en 2022, les volumes sont arrivés sur un marché revenu à la normale. «Fin 2022, en quatre mois, un mois et demi de production est arrivé», résume William Perrier. Résultat : des stocks élevés, des promotions en cascade et des marges en chute libre. Malgré des restructurations et deux opérations financières entre 2024 et 2026 (abandon de dette et apport de trésorerie), les exercices déficitaires se sont enchaînés. Les discussions avec un investisseur sino singapourien ont échoué. Et la liquidation d’Accell, annoncée hier soir, prive Cycles Lapierre d’un actionnaire présent depuis 1996.
Des progrès, mais un besoin de financement
La direction revendique des avancées : pertes d’exploitation réduites de 50 M€ fin 2023 à 26 M€ en 2024, puis 18 M€ en 2025 ; stocks de produits finis diminués de près de 47 % en un an ; premiers signes d’amélioration des marges début 2026. Cycles Lapierre s’appuie par ailleurs sur un réseau de plus de 800 revendeurs en France. Mais le besoin en fonds de roulement reste lourd dans une industrie où les fabricants financent leurs stocks plusieurs mois avant la vente. « L’essence de nos entreprises, c’est le produit. On a perdu ce focus pour se concentrer sur la finance», reconnaît William Perrier, évoquant une stratégie trop déconnectée du marché français.
Une mobilisation territoriale
Cycles Lapierre a engagé une mobilisation large : Préfecture, Région Bourgogne Franche Comté, Dijon Métropole, Ville de Dijon, banques, distributeurs, fournisseurs et partenaires logistiques. L’objectif : créer les conditions d’une solution durable pour l’emploi et le savoir faire dijonnais, sans se substituer à l’investissement privé. Les équipes restent mobilisées pour assurer commandes, livraisons, garanties et service après vente. Les partenaires directement concernés seront informés individuellement.
Retrouver innovation et proximité
Au delà de Cycles Lapierre, toute l’industrie européenne digère encore le contrecoup du boom post Covid : stocks élevés, prix en baisse, concurrence asiatique renforcée. La restructuration pourrait se prolonger jusqu’en 2027. Pour Cycles Lapierre, l’enjeu est de revenir à l’innovation produit, de retrouver la capacité à «sentir le marché» et de renouer avec une prise de risque maîtrisée. Une nouvelle page pourrait s’écrire à Dijon - à condition de trouver l’investisseur capable de soutenir durablement une marque qui reste l’un des emblèmes du vélo français.