En bref

Dans la torpeur de l'été, des visites chez les personnes âgées pour rompre l'isolement

Dans son modeste appartement rempli de souvenirs, Maurice, regard fatigué, accueille avec impatience "Stan", un bénévole venu rompre sa solitude. Entre les départs en vacances de leurs proches et la chaleur, pour...
Maurice, 67 ans, dans son appartement à Colombes (Hauts-de-Seine) à l'occasion d'une visite d'un bénévole de l'association Petits frères des pauvres, le 5 août 2026 © Lou BENOIST

Maurice, 67 ans, dans son appartement à Colombes (Hauts-de-Seine) à l'occasion d'une visite d'un bénévole de l'association Petits frères des pauvres, le 5 août 2026 © Lou BENOIST

Dans son modeste appartement rempli de souvenirs, Maurice, regard fatigué, accueille avec impatience "Stan", un bénévole venu rompre sa solitude. Entre les départs en vacances de leurs proches et la chaleur, pour certaines personnes âgées, l'été peut être éprouvant.

Une odeur de café chaud embaume déjà le salon quand Maurice, 67 ans, un ancien peintre en bâtiment et maçon, reçoit en toute simplicité Stanislas Melka, bénévole pour l'association les Petits frères des pauvres, dans son appartement en HLM de Colombes (Hauts-de-Seine).  

Assis sur le canapé, dans la pièce aux murs tapissés de DVD et de vinyles en tous genres, Maurice, porteur d'une prothèse à la jambe dissimulée sous un jogging, apprécie ces moments passés avec son hôte, qu'il n’hésite pas à tutoyer et avec qui il partage quelques anecdotes en tendant de vieilles photos de vacances.

"Ma fille part en Bretagne, et je ne vais pas pouvoir la rejoindre", regrette le retraité aux cheveux grisonnants, contraint de se passer depuis quelques semaines de son fauteuil roulant, cassé.

L'été est une période particulièrement difficile pour les personnes âgées, observe Stanislas, lui-même retraité. Accompagné de sa femme, Gisèle, le septuagénaire s'évertue à rompre la solitude des autres en leur proposant un soutien "que leurs amis, leur famille, ne leur apportent plus". 

Selon le dernier baromètre en septembre 2025 des Petits frères des pauvres, "l'isolement extrême" des seniors a "explosé" en France: 750.000 personnes âgées sont aujourd’hui en situation de "'mort sociale", selon l'association qui a constaté en moins de dix ans une augmentation de plus de 150% des personnes âgées "sans aucun lien avec famille, amis, voisins ou réseaux".

A la solitude s'est ajoutée cette année une chaleur intense avec plusieurs canicules successives depuis mai qui ont touché au premier chef les personnes âgées - particulièrement vulnérables - et isolées.

Lien plus qu'amical

Sur les près de 6.000 décès en excès constatés pour la canicule historiquement intense de juin, selon les données encore provisoires de Santé publique France (SpF) diffusées fin juillet, les personnes âgées de 75 ans et plus ont constitué les deux tiers des décès en excès (3.719 décès toute cause), selon SpF.

Les premières données de l'agence sanitaire, début juillet, avaient aussi pointé une hausse particulièrement sensible des décès à domicile, qui avaient quasiment doublé au plus fort de cette canicule exceptionnelle, entre le 22 et 28 juin.  

"On a distribué des ventilateurs à ceux qui n'en avaient pas", témoigne Stanislas Melka, évoquant une vigilance accrue, notamment due à l'absence "de sensation de soif" chez les personnes les plus âgées.

Mais ses visites sont surtout l'occasion pour lui de nouer "un lien plus qu'amical": "On s'attache à eux", confie le bénévole engagé dans cette action depuis près de onze ans.

Ces rencontres avec des personnes parfois plus jeunes qu'eux renvoient Stanislas et Gisèle à leur propre vieillesse et la façon de la vivre, admet le couple qui visite trois personnes chaque semaine.

Un peu plus tôt, ils sont allés rendre visite pendant environ une heure à Jean Mouchacca, 87 ans, ancien chercheur du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, nostalgique de ses années de recherche sur la dépouille de Ramsès II, qu'il aime à raconter.

Debout dans son salon, Jean, dont la famille habite à l'autre bout de la France à Toulon, est intarissable pour commenter la myriade de documents sur le pharaon égyptien, étalés sur la table à manger. Il échange avec ses visiteurs des regards complices, comme des "amis" - mot qu'il utilise volontiers pour qualifier ses visiteurs réguliers.