Au-dessus du cœur historique de Lyon, surplombant la Saône et la cathédrale Saint-Jean, la Montée du Chemin Neuf dessert les quartiers résidentiels de l’ouest lyonnais. Aussi surprenant que cela puisse paraître compte tenu de la pente raide, la voie est un itinéraire cyclable très fréquenté. Jeudi 18 juin, entre 7 heures 30 et 9 heures, dans l’air déjà moite, l’association locale La ville à vélo y a dénombré plus de 500 passages de cyclistes, auxquels s’ajoutent une centaine de piétons et de trottinettes.
Avec ces comptages, effectués matin, midi et soir pendant une semaine, l’association veut montrer que la Montée du Chemin Neuf est un axe cyclable indispensable. Depuis 2024, la rue est réservée aux modes «doux», et interdite aux voitures, sauf exceptions. Mais le nouvel exécutif de la Métropole de Lyon, qui contrôle la voirie et que préside Véronique Sarselli (LR), a promis de «fluidifier» la circulation motorisée et de «rouvrir» cet axe aux voitures. Si, trois mois après l’élection, aucune décision n’a encore été prise par l’exécutif métropolitain, la suppression de pistes cyclables constitue une menace tangible, regrettent les associations qui soutiennent le vélo comme mode de déplacement.
Réunis pour une journée d’étude à Bourg-en-Bresse (Ain), début juin, la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), qui rassemble 600 associations locales, a pu mesurer ce risque à travers le témoignage de Nicolas Mercat, maire (divers gauche) du Bourget-du-Lac (Savoie, 5 200 habitants). Dans la campagne électorale de 2020, «se déplacer à vélo, pour un candidat, était un atout. En 2026, à l’inverse, j’ai subi des propos haineux. L’objet est même devenu associé à un ‘maire bobo, anti-bagnoles et anti-chasse’, tel qu’on m’a caricaturé», explique l’élu, finalement réélu.
«Ce backlash est un projet politique», assure, face aux congressistes, Marine Braud, ancienne conseillère à l’Elysée (2022-24) et fondatrice du cabinet de conseil Alameda. Elle plaide toutefois coupable. Ainsi, la zone à faibles émissions (ZFE), souvent présentée comme la principale disposition environnementale des deux quinquennats qui s’achèvent, «était une mesure incompréhensible». Ce périmètre interdit aux véhicules les plus polluants, qui devait être instauré dans les métropoles, avait été supprimé par le Parlement (finalement, censuré par le Conseil constitutionnel). «On a fait monter des peurs et des colères chez des Français qui n’étaient pas concernés», admet l’ancienne conseillère du président Macron.
Investissements suspendus
Après les élections municipales, les municipalités d’Aurillac (Cantal) ou Epinal (Vosges) ont annoncé la suppression d’aménagements cyclables. Et quand bien même la flambée des prix à la pompe et les canicules à répétition montraient l’importance d’encourager les alternatives à la voiture individuelle.
Ces revers n’entament pas l’enthousiasme des militants. Sans prétendre faire du vélo une solution unique, Céline Scornavacca, co-présidente de la FUB, dresse la feuille de route : «Chaque euro investi produit des bénéfices pour la santé, le climat, le pouvoir d'achat, la cohésion sociale, l'aménagement des territoires et la qualité de vie ». Dès lors, affirme-t-elle, « la vraie question n'est plus de savoir si nous pouvons investir dans le vélo, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire», affirme-t-elle.
La FUB bénéficie du soutien d’Elisabeth Borne, qui s’est invitée à la journée d’études. Si l’ancienne Première ministre, aujourd’hui députée du Calvados, a laissé à l’ensemble des Français l’image d’une gouvernante rigide imposant sa réforme des retraites, elle bénéficie, dans le secteur du vélo, d’une popularité inaltérable.
Souriante et détendue, celle qui lança, comme ministre des Transports, puis de la Transition écologique, les bases d’un programme pluriannuel destiné à financer des infrastructures cyclables, voulait «rendre le vélo crédible comme alternative à la voiture», à la fois pour «la santé publique, le climat et le pouvoir d’achat». L’ancienne locataire de Matignon regrette que le gouvernement qui a succédé au sien ait coupé les crédits pour les aménagements cyclables. A propos de Gabriel Attal, avec lequel elle entretient une inimitié notoire, l’ex Première ministre lâche même, en descendant de la scène : «On peut être vieux dans sa tête, quel que soit son âge». Le vélo est bel est bien un sujet politique.