Dans un contexte où l'on évoque souvent les difficultés à susciter l'engagement citoyen, quel regard portez-vous sur le renouvellement observé lors des dernières élections municipales et communautaires ?
Bénédicte Thiébaut : Nous enregistrons toujours environ 35% de renouvellement parmi les maires du département, ce qui est un chiffre constant. Le changement est plus important du côté des présidents d'intercommunalité puisque, sur 14 présidences, dix ont changé. On voit ainsi émerger de nouveaux visages et de nouvelles équipes. Je suis moi-même concernée puisque j'ai fait le choix de ne plus occuper la présidence du Grand Roye. Après 14 années à cette fonction, j'ai estimé qu'il était temps de passer le relais à Xavier Balzot, qui s’est beaucoup investi dans le développement économique du territoire.
Ce scrutin a également été marqué par l'obligation de constituer des listes paritaires...
Cette nouveauté a suscité de nombreuses interrogations en amont, notamment dans les communes rurales. L'Association des maires n'était pas convaincue de la pertinence de ce dispositif, et cette position n'a pas changé. Dans certaines communes, il a été très compliqué de trouver des femmes et des hommes prêts à consacrer du temps à l'engagement local.
La politique locale occupe une place à part dans le cœur des citoyens. En quoi le maire reste-t-il une figure centrale dans notre pays ?
Le maire incarne la proximité. C'est un interlocuteur privilégié sur lequel les habitants peuvent compter. Il est également l'interface entre l'État et les citoyens. Cependant, il se retrouve en première ligne lorsqu'un conflit éclate et doit faire face à une agressivité croissante. Même si l'État et la justice constituent un soutien précieux et ont pris des dispositions pour sanctionner les auteurs d'agressions envers les élus, j'aimerais que celles-ci soient appliquées plus rapidement. Ce serait un signal fort démontrant que l'on ne peut pas s'en prendre impunément aux élus.
Les intercommunalités ont elles aussi beaucoup évolué, devenant un maillon essentiel de la vie des territoires. Ont-elles aujourd'hui pleinement trouvé leur place ?
Oui, les intercommunalités ont trouvé leur place. Elles sont tout à fait légitimes dans l'organisation territoriale et disposent de compétences clairement définies. Les communes ont également compris que les intercommunalités n'étaient pas là pour les remplacer, mais qu'elles constituaient des outils utiles et complémentaires. Il faudra peut-être mener un travail de pédagogie auprès des nouveaux élus, mais c'est normal et cela fait aussi partie du rôle de l'AMF 80. Nous sommes là pour former et conseiller.
Justement, quel rôle l'AMF 80 entend-elle jouer auprès des élus locaux ?
J'estime que l'AMF 80 a un véritable rôle de proximité, et j'y tiens beaucoup. Je suis partisane du «aller vers les élus» afin de mieux comprendre les problématiques qu'ils rencontrent. C'est également un moyen de faire connaître nos formations. Il est important qu’ils s’en saisissent, car on leur demande de maîtriser un nombre croissant de compétences, notamment dans le domaine juridique. Ils ne doivent pas hésiter à se renseigner. Il n'existe ni petite question ni petit problème : toute interrogation mérite une réponse. J'aimerais aussi pouvoir compter encore davantage sur l'engagement des maires de la Somme. J'aimerais qu'ils n'hésitent pas à venir vers nous et qu'ils soient toujours plus nombreux à rejoindre nos 730 adhérents.
En tant que présidente de l'AMF 80, quels sont les principaux sujets de sollicitation et les préoccupations majeures de vos interlocuteurs ?
Il existe un véritable sujet autour du management des équipes communales. Pour y répondre, nous orientons régulièrement les élus vers le Centre de gestion. Nous sommes également très sollicités en cas de litiges. De nombreuses interrogations portent sur la responsabilité civile ou encore sur la protection de l'élu. Enfin, les inquiétudes liées aux contraintes budgétaires sont de plus en plus fortes. C'est d'ailleurs tout l'enjeu du prochain congrès des maires, dont le thème sera «construire les projets du mandat malgré les contraintes budgétaires». Clément Bousquet, de CBG Territoires, spécialiste des finances locales, viendra justement aborder cette question, car il va falloir continuer à faire beaucoup avec peu de moyens.
Comment s'est articulé ce congrès ?
Il s'agit d'un congrès sans assemblée générale puisqu'il suit une année électorale. Nous avons accueilli Murielle Fabre, secrétaire générale de l'AMF, qui a abordé la question de la fonction publique territoriale. Comme je l'évoquais précédemment, le management constitue aujourd'hui une préoccupation majeure. Nous traiterons aussi de la question budgétaire et une intervention du Centre de gestion a permis d'apporter des informations concrètes aux élus, notamment aux nouveaux arrivants. En parallèle, un atelier a été proposé aux secrétaires de mairie et aux directeurs généraux des services, deux maillons essentiels du fonctionnement des collectivités. Nous avons choisi un escape game animé par Somme Numérique autour de la cybersécurité. Les collectivités ont des obligations en matière de protection des données et beaucoup d'élus n'en mesurent pas encore pleinement les enjeux. Il s'agit pourtant d'une question primordiale aujourd'hui. Enfin, l'après-midi a été complété par la présentation des formations proposées par l'AMF 80. Nous cherchons à cibler les sujets les plus prégnants afin d'apporter des réponses concrètes aux préoccupations des maires.
Le congrès des maires de la Somme est donc un rendez-vous incontournable pour les élus ?
C'est tout simplement la journée des maires. Elle est faite pour eux. C'est à la fois un lieu de rencontre, d'échange et de convivialité, mais aussi un moment où l'on vient chercher de l'information et des solutions concrètes. Les élus doivent aujourd'hui jongler entre de multiples sujets : réglementaires, budgétaires, managériaux ou encore juridiques. Ce temps fort est là pour leur apporter des outils utiles et leur rappeler qu'ils ne sont pas seuls face à ces défis. Il est également important de souligner que cet événement est ouvert aux secrétaires de mairie, dont le rôle est devenu indispensable au bon fonctionnement des collectivités.
Bénédicte Thiébaut, une vie d’engagement
Infirmière de formation, Bénédicte Thiébaut est d’abord devenue maire de Roiglise en 2008, une commune de 150 habitants à l’Est de la Somme, avant d’être élue présidente de la communauté de communes du Grand Roye entre 2012 et 2026. Elle a pris la tête de l’AMF 80 en 2020. «J'ai choisi d'être élue plutôt que de continuer ma profession, avant tout par passion. J'aime les gens. Être élue est un engagement de chaque instant mais il me procure un réel épanouissement. C’est quelque chose qui ne s’apprend pas mais que l’on appréhende au fil du temps. On sait pourquoi on se lève chaque matin, pour faire avancer les communes et notre territoire» confie-t-elle.